Piédouche d’un buste disparu

- Date de création
- IIIe siècle
- Matériau
- Marbre lychnites (île de Paros)
- Dimensions
- H. 195 x l. 23 x P. 20 (cm)
- Numéro d’inventaire
- Ra 178
- Crédits photographiques
- Daniel Martin
Comme pour la plupart des villae, le problème de l’identité des maîtres de Chiragan semble inextricable. En outre, on ne peut réduire un tel domaine, dont l’occupation s’étend sur plusieurs siècles, à un seul type de propriétaire. Plus encore que les remaniements, agrandissements et restructurations architecturales, c’est surtout l’impressionnante quantité de portraits, dont une série notable de probables hauts fonctionnaires, qui a conduit à formuler l’hypothèse d’une résidence de gouverneur de province. En outre, et en raison même de la somptueuse parure de marbre qui fut associée à cette architecture imposante, une fonction de résidence impériale a toujours été plus ou moins soupçonnée.
À qui appartenait cette extraordinaire collection de sculptures ? Les liens avec l’Italie sont bien entendu particulièrement manifestes dans cet ensemble, en particulier les portraits. La majorité, impériaux comme anonymes, peuvent être directement reliés à des ateliers romains. Aujourd’hui mêlée aux effigies impériales, l’importante série de portraits anonymes remonte pour sa part aux époques antonine et sévérienne. Elle concerne très probablement des personnages qui relevaient de l’ordre équestre et représentaient d’importants acteurs de la vie fiscale et administrative romaine. Parmi ces inconnus, certains types physionomiques semblent avoir été reproduits ailleurs, dans l’Occident romain. La présence simultanée de portraits similaires en différents points de l’Empire pourrait ainsi témoigner des charges de procurateur exercées par un même individu au service de plusieurs provinces M. Bergmann, ; Chiragan, Aphrodisias, Konstantinopel : zur mythologischen Skulptur der Spätantike (Palilia), Wiesbaden, 1999 ; , p. 30, 42-43 ; J.-C. Balty, D. Cazes, E. Rosso, ; Les portraits romains, 1 : Le siècle des Antonins, 1.2 (Sculptures antiques de Chiragan (Martres-Tolosane), Toulouse, 2012 ; , p. 268-269..
Malheureusement, nous devons nous contenter, pour la villa de Chiragan, d’une seule inscription, celle qui fut gravée sur ce piédouche (base), aujourd’hui privé de son buste, découvert à l’ouest de la grande cour méridionale, au niveau d’une série de pièces, bordées par un cryptoportique. On y lit GENIO C. ACONI TAURI VET. ainsi traduit : « Au génie d’Aconius Taurus » C.I.L., ; Corpus inscriptionum latinarum, XIII, Inscriptiones trium Galliarum et Germaniarum latinae, I-1, Inscriptiones Aquitaniae et Lugdunensis, Berlin, 1899 ; , p. none.. Le gentilice Aconius est placé, comme il se doit, entre le prénom (praenomen) Gaius, abrégé en C., et le surnom (cognomen), Taurus H. Graillot, ; « La villa romaine de Martres-Tolosane, villa Aconiana », Annales du Midi, 20, 1908, p. 20‑77, 17 p. ; , en partic. p. 14-15.. Si ce document épigraphique est loin de répondre à toutes les interrogations relatives aux propriétaires ou aux gestionnaires du domaine foncier, il constitue cependant un témoignage non négligeable qui ouvre la voie à quelques hypothèses. L’inscription, incomplète, dont la forme des lettres ne serait pas antérieure au IIe siècle W. Eck, ; « Sugli Aconii e sul loro legame con Roma », ; S. Ensoli, E. La Rocca (éd.), Aurea Roma : dalla città pagana alla città cristiana. Mostra. Palazzo delle esposizioni, Roma, 22 dicembre 2000-20 aprile 2001, Rome, 2000, p. 172‑173 ; , p. 172 ; M. Bergmann, ; Chiragan, Aphrodisias, Konstantinopel : zur mythologischen Skulptur der Spätantike (Palilia), Wiesbaden, 1999 ; , p. 43., est donc dédiée au genius (le double surnaturel) de Gaius Aconius Taurus. On connaît deux lignées distinctes d’Aconii, à la fin du IIIe siècle, en Italie. L’une d’entre elles était installée à Pérouse, où fut découvert un portrait privé rapproché de l’une des effigies de Chiragan L.M. Stirling, ; The Learned Collector : Mythological Statuettes and Classical Taste in Late Antique Gaul, Ann Arbor, 2005 ; , p. 63.. Un sénateur nommé Aco Catullinus est également attesté à Rome au début du IVe siècle.
Le nom d’Aconius réapparaît à Rome à la fin du IVe-début du Ve siècle ; l’un des membres les plus connus de la famille est Aconia, épouse de Vettius Agorius Praetextatus. L’attachement des époux au paganisme était notoire, comme leur fidélité à de nombreux cultes à mystères L.M. Stirling, ; The Learned Collector : Mythological Statuettes and Classical Taste in Late Antique Gaul, Ann Arbor, 2005 ; , p. 62.. Mais les éléments disponibles demeurent insuffisants pour relier une dédicace de statue de Gaule méridionale, peut-être datable du IIe siècle de n. è., à des membres homonymes, certes identiques, mais répertoriés bien plus tardivement, à Rome et en Italie W. Eck, ; « Sugli Aconii e sul loro legame con Roma », ; S. Ensoli, E. La Rocca (éd.), Aurea Roma : dalla città pagana alla città cristiana. Mostra. Palazzo delle esposizioni, Roma, 22 dicembre 2000-20 aprile 2001, Rome, 2000, p. 172‑173 ; , p. 172-173.. On ne doit cependant pas oublier qu’au XVIIe siècle, le site des ruines de Chiragan était localement appelé _Angonia, dérivé de la villa Aconiaca, éventuel souvenir de l’un des propriétaires du domaine. Ce portrait, dont ne subsiste que la base inscrite, était-il donc celui de l’un de ces hauts fonctionnaires, propriétaires du domaine ou l’un de ses administrateurs ?
Pascal Capus
Bibliographie
- Cazes et al. 1999 D. Cazes, E. Ugaglia, V. Geneviève, L. Mouysset, J.-C. Arramond, Q. Cazes, Le Musée Saint-Raymond : musée des Antiques de Toulouse, Toulouse-Paris. p. 75
- Graillot 1908 H. Graillot, « La villa romaine de Martres-Tolosane, villa Aconiana », Annales du Midi, 20, p. 20‑77, 17 p.p. 12-15
- C.I.L. 1899 C.I.L., Corpus inscriptionum latinarum, XIII, Inscriptiones trium Galliarum et Germaniarum latinae, I-1, Inscriptiones Aquitaniae et Lugdunensis, Berlin.
- Joulin 1901 L. Joulin, Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane (Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des inscriptions et belles-lettres), Paris. p. 293-294, 341, pl. XXIV, no 307 E
- Massendari 2006 J. Massendari, La Haute-Garonne : hormis le Comminges et Toulouse 31/1 (Carte archéologique de la Gaule), Paris. p. 237, fig. 95
- Musée Saint-Raymond 1995 Musée Saint-Raymond, Le regard de Rome : portraits romains des musées de Mérida, Toulouse et Tarragona. Exhibition, Mérida, Museo nacional de arte romano ; Toulouse, Musée Saint-Raymond ; Tarragone, Museu nacional arqueològic de Tarragona, 1995, Toulouse. p. 211
- Palazzo delle esposizioni 2000 Palazzo delle esposizioni, Aurea Roma : dalla città pagana alla città cristiana. Exhibition, Palazzo delle esposizioni, Roma, 22 december 2000-20 april 2001, Rome.
Pour citer cette notice
Capus P., "Piédouche d’un buste disparu", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_ra_178>.