Partie 2 Galerie des portraits
Buste cuirassé de Septime Sévère type III dit "Sérapis"








- Date de création
- vers 130 (buste) ; entre 200 et 211 (tête)
- Type
- type dit "Sérapis" ; type III
- Matériau
- Marbre de Göktepe 3
- Dimensions
- H. 74,5 ; Hauteur tête : 24 x l. 35 x P. 29 (cm)
- Numéro d’inventaire
- Ra 120 b
- Fouilles archéologiques
- Fouilles Albert Lebègue 1890-1891. 1826 partie inférieure du buste, 17 décembre 1890 haut du buste, 23 décembre 1890 tête
- Crédits photographiques
- Daniel Martin
Nouvel exemplaire du type iconographique généralement désigné du nom de « type Sérapis », ce portrait n’a certes pas la prestance de l’exemplaire précédent Buste cuirassé de Septime Sévère : le buste est ici réduit à une sorte de plastron presque demi-circulaire, dont le modelé est très faible, au même titre que l’épaisseur. En regard de l’étroitesse du buste, le piédouche de ce portrait de Sévère apparaît presque disproportionné. La tête ne s’adapte que très imparfaitement au cou et semble avoir été retaillée, à l’avant, pour assurer un joint plus ou moins correct ; il en résulte une curieuse inclinaison. On verra donc là un exemple de plus de cette déplorable pratique qui prévalut, peu après les découvertes de 1826, et visait à reconstituer pour le musée, coûte que coûte, des pièces complètes, au détriment parfois de toute vraisemblance.
La cuirasse n’est pas recouverte par le paludamentum, manteau replié habituellement sur l’épaule gauche. L’absence de cet élément, si fréquent sur les bustes militaires, ne peut que surprendre à cette date. Parmi les parallèles les plus proches, on citera <a href= »/images/comp-ra-120-b-1.jpg » class= »comparaison »><span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-ra-120-b-1.jpg » alt= »Buste d’Hadrien, Musée du Louvre, inv. MA3131 »/></span>le buste d’Hadrien du Louvre, MA 3131</a> , la forme du plastron en ovale très aplati de ce dernier exemplaire et sa découpe inférieure appelant particulièrement la comparaison avec le buste toulousain. La tête de Septime Sévère a bien été remontée sur un buste plus ancien auquel elle n’appartenait pas. À la différence des bustes d’Hadrien du type « Panzerbüste Imperatori 32 » connus à ce jour, les épaulières n’ont cependant aucun décor et sont fixées sur le devant du torse par une cordelette nouée au bouton des deux seins de la cuirasse, au lieu d’être cachées par leur rabat — ce qui pourrait éventuellement témoigner d’une forme légèrement plus évoluée de la cuirasse; mais l’absence de décor renvoie peut-être aussi à un personnage différent de l’empereur, un de ces hauts fonctionnaires dont l’image était fréquente à Chiragan. Une date voisine de 130 n’en est pas moins assurée pour le buste. Le centre du plastron, orné d’un masque de Gorgone en léger relief, assez sommairement dessiné et sculpté, n’est pas non plus sans rappeler la facture de ceux des cuirasses hadrianiques ; sur l’épaule gauche, l’extrémité frangée des lanières de cuir fixées au rebord de la cuirasse est rendue avec tout autant de sécheresse. À l’arrière, enfin, le support axial qui soutient la tête et sert à maintenir l’équilibre du buste s’évase vers le haut, comme il est normal, mais vient mourir contre le bord même du paludamentum, sans cette tranche (de quelques centimètres de largeur) que l’on rencontre normalement depuis au moins le milieu du IIe siècle; en cela, le revers du buste s’apparente à celui des œuvres du début du IIe siècle, dont, à Toulouse, une des effigies de Trajan et un des jeunes gens mis au jour à Chiragan fournissent des exemples caractéristiques (Buste de Trajan et Buste de jeune homme).
L’effigie impériale est, dans l’ensemble, assez banale. Sans doute reprend-elle, dans ses grandes lignes, les caractéristiques essentielles de l’« Urbild »; mais on ne peut toujours y retrouver, mèche par mèche et dans le détail, le mouvement et le dessin des cheveux de la plupart des effigies considérées jusqu’ici comme canoniques. C’est surtout à l’arrière de la chevelure que les divergences se marquent le plus avec ces différents exemplaires: les mèches s’y apparentent davantage, sans pour autant leur correspondre exactement, à celles du premier type iconographique de Sévère (Tête de Septime Sévère) qu’à celles des types suivants, dont elles n’ont ni la longueur ni la souplesse de dessin. Beaucoup plus courtes que celles des effigies de Sévère, ces mèches de l’arrière du portrait toulousain rappellent d’assez près, encore qu’avec moins de relief, les boucles coquillées des portraits antonins; je ne reconnais, toutefois, dans l’organisation même de ces mèches, l’arrière d’aucun type iconographique impérial de cette époque. Mais il y a plus que cela: c’est tout le volume du crâne d’un portrait antérieur qui a été retaillé à l’avant et sur les côtés de l’œuvre pour réaliser cette image, mèches frontales et temporales, visage, barbe et oreilles se trouvant en retrait par rapport au reste de la chevelure; de là le volume disproportionné de la chevelure en regard de la « maigreur » du visage, si frappant sur les vues de face. C’est donc bien un exemple de plus d’une adaptation (« Umarbeitung ») et du « recyclage » d’un portrait antérieur.
Relativement insignifiant au plan de la typologie du portrait, cet exemplaire s’avère tout particulièrement intéressant du point de vue de la facture, notamment pour la manière dont sont posés les accents de trépan dans la chevelure, uniquement de face et sur la moitié antérieure des profils (à l’arrière, les boucles sont modelées avec soin mais ne comportent aucun coup de foret; séparations et détails sont uniquement donnés par de fines « incisions » réalisées, certes, avec cet outil, mais avec une mèche de bien moindre grosseur et à la surface même de ces boucles). Sans déchiqueter la masse capillaire, le trépan donne un relief supplémentaire aux boucles de la frange frontale et aux longues mèches qui s’étagent sur les tempes, accentuant ainsi le contraste avec les parties lisses du visage. La première ligne de mèches s’étalant sur la tempe droite et s’enroulant sur elles-mêmes au point de former d’étonnantes vrilles qu’on ne retrouve que bien rarement sur d’autres exemplaires, est, à cet égard très caractéristique: la première mèche, au-dessus de la tempe, a la forme d’une feuille recroquevillée ; les autres se déploient plus librement, de façon parfois très fantaisiste. On notera encore le mouvement donné par de forts canaux de trépan aux touffes de poils de la barbe peignées vers l’avant ou enroulées en tire-bouchon et parfois entièrement ajourées, surtout du côté gauche. Sur la joue droite, c’est le maniérisme avec lequel est rendue la pilosité qui s’étale jusque sous la pommette et les pointes de la moustache arrondies et ponctuées d’un coup de foret qui attirent l’attention Aucun autre exemplaire ne porte, jusqu’ici, ce type de traitement à un tel paroxysme. Ces portraits réadaptés (« Umarbeitung ») ne doivent donc pas être négligés, bien au contraire.
D’après J.-C. Balty 2020, Les Portraits Romains : L’époque des Sévères, Toulouse, p. 118-123.
Bibliographie
- Attanasio, Bruno, Prochaska 2021 D. Attanasio, M. Bruno, W. Prochaska, Göktepe Marbles. White, Black and Two-Tone, L’Erma di Bretschneider, Roma, Bristol. cat. W225, p.146, 224, 251
Pour citer cette notice
Capus P., "Buste cuirassé de Septime Sévère type III dit "Sérapis"", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_Ra_120_b>.