Partie 2 Galerie des portraits

Tête de Trajan

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Tête de Trajan
Date de création
Vers 98-100
Type
dit « de l’avènement » (« Antrittstypus »), ou type dit « Bürgerkronentypus » ?
Matériau
Marbre de Göktepe 3
Dimensions
H. H. 24,5 x l. 20 x P. 20 x E. 20 (cm)
Numéro d’inventaire
Ra 58 c (1)
Fouilles archéologiques
Fouilles Alexandre Du Mège - découverte le 30 septembre 1826 (confer. Cazes, 2011, p. 22-24, fig. 8-9)
Crédits photographiques
Daniel Martin

L’importante lacune sur le front remonte au XIXe siècle. Elle correspond aux destructions opérées par les restaurateurs de l’époque pour faire adhérer au marbre antique les prothèses destinées à compléter la tête. Cette opération a véritablement massacré ce superbe portrait et rend aujourd’hui bien plus complexe l’identification du type iconographique auquel il appartenait, puisque toute la frange frontale a disparu. Ébréché à la base, le cou semble avoir été cassé dès la fin de l’Antiquité, comme en témoignent les concrétions qui le recouvrent et n’ont pas été enlevées au moment de la restauration du XIXe siècle. Le trépan est utilisé avec discrétion pour souligner la paupière supérieure, recreuser les glandes lacrymales, séparer les lèvres et ponctuer les commissures. La chevelure, dessinée avec une extrême précision, est essentiellement traitée au ciseau droit avec une étonnante maîtrise de l’instrument.

Les différents types iconographiques

Les détails physionomiques permettent de reconnaître Trajan au premier coup d’œil : regard incisif sous des arcades sourcilières fortes et large bouche aux lèvres assez fines (la lèvre supérieure recouvrant très légèrement la lèvre inférieure et s’avançant un peu au-dessus d’elle). Le nombre de portraits connus de cet empereur atteint désormais les 125 exemplaires et pas moins de neuf types successifs furent reconnus W.H. Gross,  ; « Bildnisse Traians », Das römische Herrscherbild, 2, 2, 1940.. Aujourd’hui, quatre types de cette classification sont généralement acceptés par les principaux chercheurs dans le domaine. Leurs dénominations dérivaient de circonstances ou encore de la particularité de certains de ces exemplaires, voire à la présence du type sur une scène (sacrifice ou, plus exactement, lustratio, cérémonie de purification) de la Colonne Trajane :

La qualité de cette tête est tout à fait extraordinaire. Le portrait provient en effet d’une des meilleures officines de l’Urbs. Le peu que l’on entrevoit de la masse capillaire désigne le « modèle » (Urbild), copié comme étant un des deux premiers types de l’iconographie de l’empereur : « Antrittstypus » ou « Bürgerkronentypus ». Ce sont les seuls où la pointe des longues mèches de la tempe droite, qui recouvrent en partie le favori, se glisse derrière le pavillon de l’oreille. La seule réelle différence entre les deux réside dans la très légère fourche axiale qui inverse l’orientation des mèches de la partie gauche de la frange frontale. Or, c’est précisément là que la tête de Chiragan est mutilée ; et ce qui reste de mèches des deux profils, sur les tempes, n’aide pas non plus à trancher. Quoiqu’il en soit, c’est des quelques mois qui suivirent l’adoption de Trajan par Nerva (fin octobre 97) ou des toutes premières années du règne de l’empereur, dont l’avènement remonte au 28 janvier 98, que date ce magnifique portrait. Avec la tête du Louvre (MA 3512)</a>, il a en commun cette étonnante sensibilité dans le modelé des chairs, qui caractérise notamment tout le bas du visage, et une extrême précision dans le dessin et le rendu des mèches <a href= »/images/comp-id-ra-58-c-1-1.jpg » class= »comparaison »><span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-id-ra-58-c-1-1.jpg » alt= »Portrait de Trajan, Musée du Louvre, inv. MA 3512. Marie-Lan Nguyen/CC BY/Wikimedia Commons »/></span> ; les deux œuvres doivent sortir de la même officine. Il faut également souligner que cette tête de Toulouse est l’une des rares à ne pas avoir été retaillée, ce qui lui confère, en dépit de ses mutilations, une indiscutable valeur iconographique. Ce sont ces œuvres qui nous livrent au mieux, et dans le détail, l’image de Trajan au tout début de son règne.

Une coiffure militaire, ou une coiffure « ethnique » ?

La coiffure « au bol » de Trajan tranche nettement sur celle composée de différents « degrés superposés » (coma in gradus formata), ou « Wellenfrisur » (« coiffure ondulée »), de Domitien (81-96 de n. è.) autant que sur celle de ses successeurs tout au long du IIe siècle. On y a généralement vu une coiffure de soldat, une coiffure simple, sans recherche ni apprêt, dictée par la vie des camps— le vainqueur des Daces et commanditaire de la fameuse Colonne qui relate ses campagnes militaires passant pour le soldat par excellence. W. Trillmich relevait combien « ce type de coiffure, ordonnée simplement en suivant sa propre manière de se développer », connotait la modestie de l’homme, cette simplicitas qui, jointe à la gravitas de son visage, tout empreint de concentration et d’énergie, renvoyait à ces qualités qui désignent un souverain et sont précisément celles que Pline le Jeune mettait en avant dès le début de son Panégyrique de Trajan (4,6) W. Trillmich,  ; « El Optimus Princeps, retratado por Plinio, y el retrato de Trajano »,  ; J. González (éd.), Trajano, emperador de Roma (Saggi di Storia Antica), Roma, 2000, p. 499‑501 ; , p. 500.. De son côté, H. Jucker a indiscutablement raison de relever l’intention politique sous-jacente, l’image de Domitien s’étant précisément caractérisée par l’élégance et la préciosité de sa chevelure frisée au fer, une véritable manifestation de la luxuria (excès et profusion) W. Trillmich,  ; « El Optimus Princeps, retratado por Plinio, y el retrato de Trajano »,  ; J. González (éd.), Trajano, emperador de Roma (Saggi di Storia Antica), Roma, 2000, p. 499‑501 ; , p. 502-503.. De même, il peut y avoir là une allusion aux coiffures simples des grands hommes de la République. Pline le Jeune n’hésite pas à évoquer ces temps anciens en parlant de l’empereur, voire à la qualifier lui-même d’antiquus W. Trillmich,  ; « El Optimus Princeps, retratado por Plinio, y el retrato de Trajano »,  ; J. González (éd.), Trajano, emperador de Roma (Saggi di Storia Antica), Roma, 2000, p. 499‑501 ; , p. 500-501. ; (missing reference).

D’après J.-C. Balty, « 1. Tête de Trajan » dans Balty J.-C., Cazes, D., Rosso E., Sculptures antiques de Chiragan (Martres-Tolosane) : Les portraits romains, 1 : Le siècle des antonins, Toulouse, Musée Saint-Raymond, p. 80-91, fig. 1, 4, 7, 10-11.

Bibliographie

    Pour citer cette notice

    Capus P., "Tête de Trajan", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_Ra_58_c_(1)>.