Partie 2 Galerie des portraits
Buste avec lorica squamata (« cuirasse à écailles »)



- Date de création
- période impériale romaine
- Matériau
- Marbre de Göktepe
- Dimensions
- H. 53 x l. 60 x P. 28 (cm)
- Numéro d’inventaire
- Ra 60 (2)
- Fouilles archéologiques
- Fouilles Alexandre Du Mège 1826 pour l’essentiel
- Crédits photographiques
- Daniel Martin
Ce buste cuirassé fut retrouvé brisé en quatre morceaux et sans son piédouche. Le 21 septembre 1826, A. Du Mège découvrit la partie inférieure droite, comportant la bretelle et son cordon d’attache noué à un anneau, avant de mettre au jour, une semaine plus tard, deux autres parties correspondant au manteau (paludamentum). La restauration de Nicolas François Beurné, en 1833, associa à cette très belle cuirasse, de manière arbitraire, le portrait d’Antonin le Pieux (inv. Ra 60 (1)) J.-C. Balty, D. Cazes, E. Rosso, ; Les portraits romains, 1 : Le siècle des Antonins, 1.2 (Sculptures antiques de Chiragan (Martres-Tolosane), Toulouse, 2012 ; , 31-34.. Une épaule droite, avec le subarmalis (vêtement porté sous l’armure) et ses ptéryges (lanières de cuir), conservée dans les réserves du musée, avait été ajoutée à l’œuvre lors de sa restauration au XIXe siècle (inv. 2000.316.1). Elle fut complétée, afin de créer la liaison nécessaire, par une pièce en plâtre. L’ensemble a été retiré lors de la dérestauration des années 1970 J.-C. Balty, D. Cazes, E. Rosso, ; Les portraits romains, 1 : Le siècle des Antonins, 1.2 (Sculptures antiques de Chiragan (Martres-Tolosane), Toulouse, 2012 ; , p. 33.. En 2014, le rapprochement d’un fragment conservé dans les réserves du musée avec cette épaule, s’est avéré concluant et autoriserait aujourd’hui un remontage intégral de cette partie droite du buste (inv. Ra 106 b - Test d’assemblage de deux fragments). De même peut-on procéder désormais au collage d’un cinquième fragment, un bout de drapé, sous l’épaule gauche du buste. Classé parmi les numéros de provenance inconnue, aucune preuve ne permettait d’affirmer que ce dernier provenait bien de la villa; cependant, sa forme triangulaire comble parfaitement la lacune et complète le dessin du drapé du paludamentum (inv. 2000.327.1).
Ce sont, à proprement parler, des plumes qui sont reproduites par les éléments métalliques restitués par le sculpteur. Nous ne saurions confondre leur forme ainsi que le rachis vertical central de chacune d’entre elles avec les écailles plus conventionnelles de la lorica squamata. Il s’agit donc bien d’une rare lorica plumata, (armure à plumes). Ce type d’armure entre dans la catégorie des cuirasses articulées, qui comprennent la lorica hamata (cottes de mailles), la segmentata (cuirasse faite de plaques de tôle de fer articulées sur des lanières en cuir avec des ferrures en alliage de cuivre) et la squamata (armure à écailles). Mais cette dernière, comme la plumata, sont des cuirasses hybrides qui combinent mailles et écailles (ou plumes) (missing reference) ; (missing reference). Utilisée durant les trois premiers siècles de notre ère, ces dernières équivalaient à un manteau métallique recouvert de plumes.
D’après les données archéologiques et les rares et minces vestiges qui ont pu être mis au jour - un peu plus d’une dizaine d’exemplaires - ces armures auraient été utilisées entre le milieu du Ier siècle et le IIIe siècle de n. è. (missing reference) ; (missing reference) ; A. Petković, M.B. Vujović, ; « Finds of Scale Armour (Lorica Squamata) from Timacum Minus », ; \cyrchar\CYRZ\cyrchar\cyrb\cyrchar\cyro\cyrchar\cyrr\cyrchar\cyrn\cyrchar\cyri\cyrchar\cyrk \cyrchar\CYRN\cyrchar\cyra\cyrchar\cyrr\cyrchar\cyro\cyrchar\cyrd\cyrchar\cyrn\cyrchar\cyro\cyrchar\cyrg \cyrchar\CYRM\cyrchar\cyru\cyrchar\cyrz\cyrchar\cyre\cyrchar\cyre\cyrchar\cyrje\cyrchar\cyra \cyrchar\CYRS\cyrchar\cyrr\cyrchar\cyrb\cyrchar\cyri\cyrchar\cyrje\cyrchar\cyre / Recueil Du Musée National de Serbie, 2023, p. 241‑260 ; , p. 241-260.. Le camp militaire de Burrium, qui fut implanté, sous le règne de Néron, au niveau de l’actuelle ville d’Usk (Pays de Galles), a livré l’un des très rares fragments correspondant à ce type de cuirasse (missing reference). Il s’agit là d’une source archéologique importante, qui témoigne de la structure même de ces armures, composées d’une cotte de mailles en fer, recouverte d’écailles conçues dans le même matériau dont les bords supérieurs ont été pliés à angle droit et percés de quatre trous à travers lesquels les anneaux de la cotte ont été passés avant d’être fermés à l’aide d’un minuscule rivet. Très réduites en taille sur les exemplaires connus, les plumes représentées sur le buste de Chiragan sont plus imposantes, longues en moyenne de 3,2 cm et larges de 2,3 cm. S’agirait-il d’une toute autre typologie ? Quoi qu’il en soit, on devine aisément qu’en dépit du très haut niveau de maîtrise du sculpteur, concevoir de si petits éléments dans le marbre aurait représenté un véritable défi technique. Par ailleurs, aurait-il été utile de reproduire ces écailles au format alors que le portrait avait pour fonction de transmettre le statut très élevé du personnage représenté qui n’a certainement pas pu choisir ce modèle de cuirasse au hasard. Le motif des plumes se démarquait ainsi ostensiblement de la simple écaille. Le jeu de la polychromie, qui complétait un tel décor, participait sans nul doute à rendre cette effigie spectaculaire.
Pascal Capus
Bibliographie
- Attanasio, Bruno, Prochaska 2021 D. Attanasio, M. Bruno, W. Prochaska, Göktepe Marbles. White, Black and Two-Tone, L’Erma di Bretschneider, Roma, Bristol. cat. W187, p.146, 221, 247
Pour citer cette notice
Capus P., "Buste avec lorica squamata (« cuirasse à écailles »)", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_Ra_60_(2)>.