Partie 3 L’art grec revisité

Tête de panthère

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Tête de panthère
Tête de panthère
Date de création
Période impériale romaine
Matériau
Marbre blanc
Dimensions
H. 12 x l. 11 x P. 20 (cm)
Numéro d’inventaire
Ra 143 c
Fouilles archéologiques
Fouilles Léon Joulin 1897-1899
Crédits photographiques
Daniel Martin

Les dimensions de ce beau fragment laissent deviner le grand format du groupe statuaire dont il dépendait. Une telle tête de fauve invite instinctivement à la rattacher à l’univers de Dionysos, dont l’importance est bien attesté dans le corpus des fragments provenant de Chiragan comme dans les grandes villae romaines, tant en Occident que dans l’Orient hellénophone. C’est ici, incontestablement, une panthère qui est représentée. Une telle identification n’est cependant pas toujours aussi aisée dans le cadre de l’iconographie dionysiaque. La représentation des animaux, loin de respecter la taxonomie moderne, varie, en effet, en fonction des traditions d’atelier et des conventions stylistique. Ainsi, semble-t-il souvent difficile de distinguer, parmi les fauves, une panthère d’une lionne ou d’une tigresse. Le bâton ou la branche maintenue dans la gueule de l’animal pose une autre question. Ce détail suggère une iconographie dionysiaque singulière, s’écartant quelque peu des modèles habituellement recensés. L’épaisseur de cet objet permet de rejeter un dispositif de mors avec lequel les félins apparaissent harnachés, dans le contexte du triomphe de Bacchus, afin de servir d’attelage. Dans un autre contexte, la panthère vient fréquemment s’abreuver au liquide s’écoulant du canthare ou de la grappe que Dionysos saisit, comme l’attestent de <img src= »/images/comp-ra-143-c-1.jpg » alt= »Dionysos ivre s’appuyant sur un satyre, musée national romain, palais Altemps. RyanFreisling, Domaine Public, Wikimedia Commons »/nombreuses représentations figurées. Le félidé s’emparait-il ici de l’origine même du breuvage sacré, le cep de vigne lui-même? C’est en l’occurrence dans cet esprit que cet animal totem du dieu dévore une grappe de raisin au niveau d’un groupe sculpté de l’ancienne collection Médicis, aujourd’hui conservé aux musée des Offices.

Le contexte idéologique de la figure de Dionysos éclaire également l’importance d’une telle représentation. Longtemps frappé d’ostracisme à Rome depuis l’affaire des Bacchanales de 186 avant n. è., le dieu resta associé au désordre moral et social 1. Auguste lui-même en fit un contre-modèle, notamment face à Apollon. C’est au début du IIe siècle de n. è., sous Trajan, que le culte dionysiaque retrouve une vigueur notable, en raison notamment du poids croissant des élites orientales et de l’intérêt que les affranchis portent à Bacchus R. Turcan,  ; Les Sarcophages romains à représentations dionysiaques, essai de chronologie et d’histoire religieuse, Paris, 1966 ; , p. 372-373.. Dans les _villae, les espaces conviviaux, *triclinia ou œci (salons) triclinaires, deviennent alors des lieux privilégiés pour accueillir les images du dieu de la vigne, symbole à la fois de fertilité, de luxe et d’une culture grecque valorisée comme marqueur aristocratique.

Dans ce contexte, il n’est pas impossible de rapprocher cette tête de félin d’autres fragments issus de la sculpture idéale de la villa. Une main tenant une grappe de raisin atteste, par ses dimensions, la présence d’au moins une figure grandeur nature (inv. Ra 145 a). Toutefois, le marbre employé pour cette dernière, un Saint-Béat fin et translucide, diffère de celui de la tête du félin, dont la granulométrie plus importante et la teinte chaude renvoient davantage à un marbre de Paros. Cette différence de matériau, si elle suggère des provenances distinctes ou bien des ateliers différents, s’inscrivant cependant dans un même ensemble iconographique, centré sur l’univers dionysiaque. Un autre fragment paraîtrait plus convaincant dans cette quête : une patte de félin, posée sur une branche (inv. Ra 143 a). L’origine de ce marbre – grec de toute évidence – tout autant que les dimensions, paraissent cette fois plus conforme avec celui de la tête animale. Si ces vestiges semblent fragiles, ils  confirment néanmoins la présence de sculptures de très haute qualité dont les modèles nous échappent parfois ; bien plus, la sculpture idéale de Chiragan comprenait également des groupes statuaires qui, dans les espaces domestiques ou semi-publics de la villa, se distinguaient de la série plus attendue des petits formats.

Pascal Capus

  1. voir à ce sujet, Tite-Live XXXIX, 8-19 ; Pailler, Bacchanalia. La répression de 186 av. J.-C. à Rome et en Italie : vestiges, images, tradition, Rome, 1988, BEFAR, 270 ; « Les Bacchanales : du scandale domestique à l’affaire d’État et au modèle pour les temps à venir (Rome, 186 av. J.-C.) », dans Politix, 2005/3 no 71, pages 39-59. 

Bibliographie

  • Joulin 1901 L. Joulin, Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane (Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des inscriptions et belles-lettres), Paris
    .
    no 229 E
  • Registre d’inventaire, Musée Des Augustins, 1831-1916 1831–1916
    .
    no 697
  • Rachou 1912 H. Rachou, Catalogue des collections de sculpture et d’épigraphie du musée de Toulouse, Toulouse
    .
    no 143 c.

Pour citer cette notice

Capus P., "Tête de panthère", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_Ra_143_c>.