Partie 3 L’art grec revisité

Tête d’un galate ou d’un barbare

0%
Tête d’un galate ou d’un barbare
Tête d’un galate ou d’un barbare
Tête d’un galate ou d’un barbare
Tête d’un galate ou d’un barbare
Tête d’un galate ou d’un barbare
Tête d’un galate ou d’un barbare
Tête d’un galate ou d’un barbare
Tête d’un galate ou d’un barbare
Date de création
entre le IIe et IIIe siècle
Matériau
Marbre de Göktepe ou Carrare statuario
Dimensions
H. 165 x l. 16 x P. 145 (cm)
Numéro d’inventaire
Ra 159
Fouilles archéologiques
Fouilles Léon Joulin 1897-1899
Crédits photographiques
Daniel Martin

Cette tête fait appel aux archétypes physionomiques qui caractérisent, à partir de l’époque hellénistique, les représentations des Celtes dits « Galates ». L’art romain hérita de ces stéréotypes iconographiques. Ainsi, le barbare, qu’on le désigne sous le nom de Galate, de Germain ou encore de Teuton, suivant le contexte, est généralement représenté avec une chevelure hirsute, une barbe et/ou une moustache, torse nu ou bien légèrement vêtu. Il s’oppose évidemment au soldat romain bien rasé et doté d’un équipement complet avec casque et armure L. Barthet, P. Capus,  ; « Tête de Barbare Galate »,  ; Wisigoths, Rois de Toulouse, Catalogue d’exposition, 27 Février-27 Décembre 2020, Musée Saint-Raymond, Musée d’Archéologie de Toulouse, Toulouse, 2020, p. 361 ; , 361..

L’expression douloureuse et pathétique, conférée à cette tête, évoque les ateliers de sculpture de Pergame du III e siècle avant notre ère auxquels pourrait remonter l’original dont cette œuvre serait une réplique H. Walter,  ; Les Barbares de l’Occident romain : corpus des Gaules et des provinces de Germanie (Centre de recherches d’histoire ancienne), Paris, 1993 ; , 127. M. Bergmann,  ; Chiragan, Aphrodisias, Konstantinopel : zur mythologischen Skulptur der Spätantike (Palilia), Wiesbaden, 1999 ; , 55.. Au moins pour l’apparence physique, le « Galate capitolin », dit aussi « Galate mourant » (Musées du Capitole, inv. S 747) et le groupe sculpté dit « Gaulois Ludovisi », qui met en scène un celte se suicidant auprès de son épouse décédée (Rome, Palazzo Altemps, inv. 8608), tous deux découverts à Rome dans les jardins de la villa Ludovisi et représentés grandeur nature, <a href= »/images/comp-ra-159-1.jpg »class= »comparaison »>Tête de Gaulois mourant. Rabax63/CC BY-SA/Wikimedia Commons semblent constituer des parallèles convaincants</a>. Il s’agit ici de répliques en marbre d’originaux en bronze qui ornaient un sanctuaire de Pergame et évoquaient la  victoire des Attalides sur les Galates. Ces compositions ne pouvaient qu’agir comme un miroir idéologique pour Rome et ses conquêtes.

De telles représentations deviendront de véritables lieux communs dans l’art romain, notamment dans le contexte des conflits et des crises militaires du IIIe siècle de n. è. <a href= »/images/comp-ra-159-2.jpg »class= »comparaison »>Sarcophage Ludovisi, Inv. 8574 n7, Musée national romain, palais Altemps. Jastrow/Domaine Public/Wikimedia CommonsLe sarcophage Ludovisi (Rome, IIIe siècle)</a>, qui évoque une bataille opposant des Romains et des Goths, en soulignant les clivages culturels, ethniques et physionomiques, témoigne magistralement de la manière dont ces stéréotypes purent être cultivés. Véritable convention iconographique, les attributs pileux du barbare se marient souvent à un vérisme, pas moins stéréotypé, des traits physionomiques. Sourcils froncés et rides d’expression, le visage s’oppose catégoriquement aux têtes idéales et lisses de la statuaire mythologique.

Un détail cependant suffit à distinguer le beau marbre fragmentaire toulousain des représentations conventionnelles, dont les Gaules ont livré une importante série. En effet, la branche sur laquelle se détache cette tête permet d’envisager une figure associée à un fond végétal. C’est ainsi qu’étaient mises en scène certaines sculptures de moyen format dont la Diane de Montagne illustre, au moins pour la partie occidentale de l’Empire, l’exemple le mieux conservé. Un certain nombre de compositions similaires ponctuaient les espaces domestiques à Chiragan, ainsi qu’en témoignent les très nombreux fragments de ramifications aujourd’hui conservés dans les réserves (voir, notamment, les ensembles inventoriés sous les numéros 2000.271.1, 2000.381.1, 2000.267.1, 2000.273.1, 2000.366.1, 2000.362.1…).

Pascal Capus

Bibliographie

  • Cazes 2001 D. Cazes, Marbres Cachés : Sculptures Antiques Des Réserves Du Musée Saint-Raymond : Exposition Au Musée Saint-Raymond, Musée Des Antiques de Toulouse, Du 20 Juin Au 16 Septembre 2001, S. l
    .
    p. 20-21
  • Espérandieu 1908 É. Espérandieu, Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine, 2. Aquitaine, Paris
    .
    p. 60, no 947
  • Joulin 1901 L. Joulin, Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane (Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des inscriptions et belles-lettres), Paris
    .
    p. 106, no 195, et pl. XIV, no 195 E
  • Musée Saint-Raymond 2020 Musée Saint-Raymond, Wisigoths : rois de Toulouse. Exhibition, Musée Saint-Raymond, Toulouse, 27 February - 27 December 2020, Toulouse
    .
    p. 361
  • Registre d’inventaire, Musée Des Augustins, 1831-1916 1831–1916
    .
    no 713
  • Rachou 1912 H. Rachou, Catalogue des collections de sculpture et d’épigraphie du musée de Toulouse, Toulouse
    .
    p. 68, no 159

Pour citer cette notice

Capus P., "Tête d’un galate ou d’un barbare", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_Ra_159>.