Satyre contre un arbre



- Date de création
- période impériale romaine
- Matériau
- Marbre blanc
- Dimensions
- H. 254 x l. 102 x P. 9 (cm)
- Numéro d’inventaire
- Ra 161
- Fouilles archéologiques
- Fouilles Léon Joulin Léon 1897-1899
- Crédits photographiques
- Daniel Martin
Ont disparu, la tête, les deux bras, jusqu’au niveau des biceps, la jambe gauche, dont seule subsiste la partie haute de la cuisse et le pied droit. Un arrachement, de forme circulaire, est visible sous le sein gauche. Sur le flanc gauche du corps, au niveau des hanches, subsiste le fragment d’un tenon, probablement en lien, à l’origine, avec le bras gauche abaissé. À gauche du tronc servant d’appui à la figure, on distingue le vestige d’une large excroissance de forme ovale.
Le buste pivote très énergiquement vers la gauche. Cependant, cette rotation ne concerne pas la partie inférieure du torse, dont le ventre demeure sur le même axe que la jambe droite, raide et très étroitement associée au creux du tronc d’arbre contre lequel elle s’appuie. Malgré l’impression de mollesse, l’os iliaque est marqué de chaque côté.Le torse brisé conserve des indices révélateurs d’une dynamique en tension, d’un mouvement suspendu. L’élancement du buste, la légère torsion du bassin et l’amorce d’une jambe gauche en flexion évoquent une figure prise dans un élan, peut-être un satyre engagé dans une danse. Mouvement et posture suggèrent une composition comprenant d’autres figures : un Dionysos juvénile, une ménade en transe ou encore une panthère dressée, en écho aux traditionnels cortèges du dieu du vin et du théâtre.
Toute fragmentaire qu’elle soit, cette figure témoigne d’un savoir-faire raffiné, au service d’une iconographie dionysiaque qui demeure propre à l’habitat de prestige. L’univers dionysiaque occupe en effet une place prépondérante dans la statuaire domestique des élites romaines. La sinuosité des lignes, la pondération subtile du corps, le raffinement des volumes ne sont pas sans évoquer la statuaire du second classicisme grec, à l’image des modèles attribués à Praxitèle ou à Lysippe, revisités ici dans un langage propre aux productions romaines. Cette réinterprétation, largement répandue dans les provinces de l’Empire, reflète, encore une fois, la permanence des
modèles grecs dans l’art décoratif des grandes villas.
Parmi les plus célèbres sculptures romaines de satyres et de figures dionysiaques avec lesquelles ce fragment pourrait connaître quelques rapports plus ou moins déterminants, peuvent être retenus :
le satyre dansant de la Galerie Borghèse, à Rome, pour la dynamique corporelle affichée, le satyre jouant avec une panthère, du Musée du Louvre voire peut-être, également, le groupe de Pan et Daphnis du Musée Archéologique de Naples. Ces comparaisons nous permettent, quelles que soient les différences de leurs attitudes, d’associer notre fragment à une même thématique, celle du satyre engagé dans une danse ou un jeu, dans la tradition des
représentations dionysiaques. Par ailleurs, par ses proportions et son traitement, l’œuvre découverte à Martres-Tolosane présente plusieurs éléments qui paraissent significatifs des sculpteurs formés à la tradition orientale, dans le contexte de laquelle les petites statues ont été multipliées. Adaptées aux espaces privés de la villa, celles-ci reprennent en version réduite de célèbres sculptures voire même certaines de leurs variantes, réadaptées à leur tour en fonction des goûts d’une clientèle à la recherche des ce que l’on pourrait nommer des « rééditions ». C’est ainsi à une histoire des formes que se prêtaient ces séries de petits marbres, constituant de véritables collections des chefs-d’œuvre du passé. La statuette de Chiragan ne déroge pas aux caractéristiques stylistiques de ces séries : jeux sur les masses et sur l’équilibre des corps ou dynamisme des figures.
D’un point de vue technique, il paraît envisageable de rapprocher cette œuvre de quelques sculptures produites par les ateliers de l’Orient romain, et plus spécifiquement d’Asie Mineure. La qualité du marbre, le poli de surface et la répartition des tracés de ciseau rappellent ainsi certaines figures issues du site d’Aphrodisias, ou encore certaines pièces sculptées retrouvées dans des contextes similaires, en particulier dans de riches demeures d’Anatolie et de Syrie. Le polissage final, notamment, est réservé à la face avant, l’arrière demeurant plus sommairement travaillé, non poli et laissant encore voir les traces du ciseau droit. Satyres d’Aphrodisias de la période médio-impériale, sculptures d’Antioche et Apamée et quelques exemplaires de type dionysiaques mis au jour à Sagalassos pourraient représenter des parallèles probants (missing reference) ; S.P. Ellis, ; « Power, Architecture, and Decor : How the Late Roman Aristocrat Appeared to His Guests », ; E.K. Gazda (éd.), Roman Art in the Private Sphere: New Perspectives on the Architecture and Decor of the Domus, Villa, and Insula, Ann Arbor, 2010, p. 117‑130 ; , p. 117-130. ;I. Jacobs, ; « Old Habits Die Hard. A Group of Mythological Statuettes from Sagalassos and the Afterlife of Sculpture in Asia Minor », ; T.M. Kristensen, L.M. Stirling (éd.), The Afterlife of Greek and Roman Sculpture : Late Antique Responses and Practices, Ann Arbor, 2016, p. 93‑117 ; , p. 93-117..
Pascal Capus
Bibliographie
Pour citer cette notice
Capus P., "Satyre contre un arbre", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_Ra_161>.