Partie 3 L’art grec revisité

Torse de Diane

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Torse de Diane
Torse de Diane
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Torse de Diane
Torse de Diane
Date de création
période impériale romaine
Matériau
Marbre blanc
Dimensions
H. 152 x l. 147 x P. 89 (cm)
Numéro d’inventaire
Ra 51
Crédits photographiques
Daniel Martin

Cette représentation de Diane appartient à la série des statuettes de format moyen, si nombreuses au sein de la villa de Chiragan. Sa taille devait atteindre une cinquantaine de centimètres. Brisé à la hauteur des hanches, le torse drapé porte un carquois dont la courroie, formée d’une bande aux bordures arrondies, barre la poitrine en diagonale. La tunique est grecque ; il s’agit du chiton, porté généralement court par la divinité, maintenu par une ceinture haute qui laisse ici le sein droit dénudé. Un manteau, dont un pan est rabattu sur l’épaule gauche, complétait le vêtement. 

Diane était une chasseuse en même temps que la protectrice des animaux, de la reproduction du gibier et, plus généralement, de la nature sauvage. Elle trouve son pendant dans l’Artémis grecque, fille de Zeus et de Léto, sœur d’Apollon. Fonctions et pouvoirs des deux entités sont effectivement  très proches. La très ancienne divinité italique, dont le nom renvoyait au ciel clair (dium), avait son culte originel près d’Albe-la-Longue, dans le Latium, dans un bois sacré, Aricie, près du lac de Nemi, le speculum Dianae C. Daremberg, E. Saglio, E. Pottier (éd.),  ; Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d’après les textes et les monuments , Tome 2 1re partie : D-E (Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d’après les textes et les monuments…), Paris, 1892 ; , p. 154 . ; F. Coarelli,  ; « Le sanctuaire de Diana Nemorensis : nouvelles découvertes », Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, I (janvier-mars), 2012, p. 555‑569 ; , en partic. p. 555 et 561-562. ; Istituto di topografia antica (éd.),  ; Enea nel Lazio, archeologia e mito : catalogue d’exposition, Rome 22 septembre – 31 décembre 1981, Musées du Capitole, Palais des Conservateurs, Rome, 1981 ; , p. 19-27.. À  Rome, c’est sur la colline de l’Aventin que fut introduit son culte, à l’époque des rois étrusques. Aricine ou Aventine, c’est en elle que se reconnaît l’ensemble de la société romaine, l’élite comme la plèbe et également, mais avec toute la prudence nécessaire quant aux différents contextes, le monde des esclaves, dont les fugitifs Festus,  ; De Significatione Verborum, s. d. ; [^note-01]. Déesse autoritaire et sans pitié pour ceux qui la trahissent ou qui enfreignent sa volonté, Diane peut donne la mort avec ses flèches. Cependant, elle a également la faculté de protéger la vie, celle des parturientes en particulier, qui l’invoquent ou la remercient après cette épreuve physique.  

Concernant les représentations sculptées, Diane seule semble peu présente dans la statuaire de l’Urbs, contrairement à son frère, Apollon, auquel elle reste associée E. Simon,  ; « Artemis\,Diana »,  ; LIMC, 1984 ; , p. 795.. Au contraire, la présence de cette déesse au sein d’une villa n’étonnera pas. Ainsi que l’écrit Catulle, Diane était «  destinée en naissant à régner sur les monts, les forêts verdoyantes, les bocages mystérieux et les fleuves aux flots sonores… », elle par qui « la grange du laboureur se remplit d’abondantes moissons » (missing reference).    Artémis en pleine course, vêtue du chiton et le sein droit découvert est connue par quelques répliques d’époque romaine</a>  exécutées à partir d’un original grec du IVe siècle avant n. è. [^note-02] <a href= »/images/comp-ra-51-2.jpg » class= »comparaison »><span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-ra-51-2.jpg » alt= »Diane de Versailles - Musée du Louvre AGER Ma 589. Shonagon, CC0, via Wikimedia Commons »/></span>. L’œuvre de Chiragan témoigne bien de l’attitude, dynamique, qui figera durant l’époque romaine l’iconographie de la déesse, endossant tunique courte et baudrier. Malgré le bris des deux bras, on devine leur position : le droit déporté haut latéralement afin d’extraire une flèche, le gauche, qui tenait l’arc, projeté vers l’avant. C’est notamment le type d’une statuette en bronze découverte en Turquie, à İskenderun (antique Alexandria Minor), conservée au musée de Mariemont (<a href= »/images/comp-ra-51-1.jpg » class= »comparaison »><span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-ra-51-1.jpg » alt= »Diane en bronze, musée de Mariemont, inv. B 507. ©Musée de Mariemont »/></span>inv. B 507</a>) (missing reference). Mais c’est également celui d’un autel funéraire de Rome, d’époque impériale, conservé au Louvre (Ma 1633). Consacré par un affranchi et son épouse à leur fille, Aelia Procula, les dédicataire invoquent, pour cette dernière, la protection des dieux Mânes et de Diane (missing reference) ; (missing reference) ; (missing reference). C’est ici l’enfant défunte qui apparaît sous les traits de la déesse chasseuse, brandissant l’arc, un chien courant à ses pieds [^note-03]. Le type iconographique de Diane demeure le même, la figure se meut ici toujours aussi énergiquement tandis que les qualités divines de la petite fille sont soulignées par le texte comme par l’image J. Scheid,  ; « Les dieux domestiques, des divinités éphémères : de la difficulté de comprendre le polythéisme », 2021 ; , en partic. p. 233..  

Pascal Capus

[^note-01] : Pour une vision plus nuancée de ce rapport établi entre population servile et culte de Diane, voir notamment Amiri, 2021 B. Amiri,  ; Religion romaine et esclavage au Haut-Empire: Rome, Latium et Campanie, Rome, 2021 ; , p. 297-298. voir également Havet, 1914 (missing reference) et Gras, 1987 (missing reference).

[^note-02] : Voir LIMC «  Artémis  », 343 [buste associé à la partie inférieure d’une statue drapée] et 348.

[^note-03]  : Sestieri P., Rivista dell’Istituto nazionale d’archeologia e storia dell’arte, vol. 8, 1940, précise que de telles représentations d’Artémis apparaissent parfois en contexte funéraire  ; cf. le relief sur un autel funéraire du Louvre (Wrede H., Consecratio in formam deorum, 1981, p. 226, no 91, pl. 21.4) ou un sarcophage à Thessalonique (Wrede, op. cit., p. 229, no 99, pl. 21,4).

Bibliographie

  • Du Mège 1835 A. Du Mège, Description du musée des Antiques de Toulouse, Toulouse
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  • Du Mège 1813 A. Du Mège, Notice des tableaux, statues, bustes, dessins, etc, composant le Musée de Toulouse, Toulouse
    .
  • Du Mège 1818 A. Du Mège, Notice des tableaux, statues, bustes, bas-reliefs et antiquités composant le Musee de Toulouse, Toulouse
    .
  • Du Mège 1828 A. Du Mège, Notice des monumens antiques et des objets de sculpture moderne conservés dans le musée de Toulouse, Toulouse
    .
  • Espérandieu 1908 É. Espérandieu, Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine, 2. Aquitaine, Paris
    .
  • Joulin 1901 L. Joulin, Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane (Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des inscriptions et belles-lettres",), Paris
    .
  • Rachou 1912 H. Rachou, Catalogue des collections de sculpture et d’épigraphie du musée de Toulouse, Toulouse
    .
    no 51.
  • Roschach 1892 E. Roschach, Catalogue des musées archéologiques de la ville de Toulouse : Musée des Augustins, Musée Saint-Raymond, Toulouse
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Pour citer cette notice

Capus P., "Torse de Diane", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_Ra_51>.