Tête de déesse couronnée d’un diadème







- Date de création
- IIe ou IIIe siècle
- Matériau
- Marbre blanc
- Dimensions
- H. 32 x l. 26 x P. 32 (cm)
- Numéro d’inventaire
- Ra 148
- Crédits photographiques
- Daniel Martin
On relève, sur cette tête, deux éclats importants, sur la joue gauche et le menton, un autre sur la joue droite et plusieurs encore dans la chevelure. Des traces de pic ont altéré le sourcil droit et le front, ainsi que l’œil et la joue gauches. Le nez et le sommet du diadème sont cassés. Le diadème est orné d’un culot d’acanthe et de rinceaux fins, symétriques.
Au premier abord, cette tête féminine couronnée ne déparerait pas le cycle des dieux (un dôdékathéon ?) de la villa. L’œil et les mèches de cheveux sont traités à l’égal de ceux des effigies sur médaillons. Certes, le cou est ici un peu réduit, de deux centimètres en largeur et trois centimètres en profondeur. De même, la tête, depuis le lobe de l’oreille jusqu’au vertex, est un peu moins imposante : 25,5 cm de haut contre 29 à 30 cm pour les têtes survivantes des médaillons. Ces seules observations ne peuvent cependant représenter des éléments discriminants et d’autres éléments répondent parfaitement aux têtes des médaillons. Il en est ainsi du dessin et des dimensions de la bouche (largeur de 5,5 cm) comme aussi des yeux (4,5 cm de longueur sur 2,5 cm de hauteur). Malgré ces points communs, Léon Joulin n’inclut pas cette effigie divine parmi les autres dieux sur médaillons, dans les planches photographiques de son ouvrage L. Joulin, ; Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane (Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des inscriptions et belles-lettres »,), Paris, 1901 ; , 95.. Si le fouilleur ne fournit aucun commentaire spécifique quant à cette séparation et se contente d’identifier ici, en raison du diadème orné, la déesse Vénus, nous isolerons également cette tête parmi l’ensemble des marbres tardifs de la villa. En effet, la connexion du crâne et du support n’entre pas en correspondance avec le système privilégié sur les autres œuvres de cet ensemble. Et pour cause, nous noterons qu’aucune trace d’arrachement n’apparaît à l’arrière. Ainsi la tête était-elle dépourvue de ce gros tenon, généralement large de 13 à 14 cm, qui reliait les têtes, depuis l’os pariétal et l’occiput, au champ des médaillons monolithes. Cet indice est, au contraire, visible sur les têtes de Vulcain (inv. Ra 34 d), de « Vénus » (?) (inv. Ra 34 f) et de Mars (Ra 156). Il existe bien, sur notre exemplaire, sous le chignon, au niveau de l’os occipital, deux éléments obliques symétriques, vestige d’un élément structurel de cette sculpture ; mais ni son emplacement ni son aspect ne rapprochent ces vestiges de la configuration caractéristique des tondi les plus complets. C’est un problème, auquel s’ajoute la faible hauteur du cou, qui, malgré le peu qui en est conservé, paraît relativement ramassé ; il diffère donc, nettement, des hauts « cylindres » habituels de cette série.
Ainsi cette tête peut-elle être difficilement intégrée au groupe des médaillons de la villa, à moins que l’on n’accepte l’hypothèse d’un autre type de présentation des effigies de ce cycle. Il s’agirait par conséquent d’imaginer de telles têtes en saillie, surgissant des médaillons, auxquels elles seraient alors uniquement reliées par le buste, à l’image de la magnifique <a href= »/images/comp-ra-148-1.jpg »class= »comparaison »><span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-ra-148-1.jpg » alt= »Relief de philosophe d’Aphrodisias. Dick Osseman/CC BY-SA/Wikimedia Commons »/></span>série des philosophes, découverts en 1981, à Aphrodisias, dans la riche Maison de l’Atrium</a> R.R.R. Smith, ; « Late Roman Philosopher Portraits from Aphrodisias », The Journal of Roman Studies, 80, 1990, p. 127‑155 ; , en partic. 127. ; M. Bergmann, ; Chiragan, Aphrodisias, Konstantinopel : zur mythologischen Skulptur der Spätantike (Palilia), Wiesbaden, 1999 ; , p. 58. ; R.R.R. Smith, ; « Late Roman Philosopher Portraits from Aphrodisias », The Journal of Roman Studies, 80, 1990, p. 127‑155.. Mais, en l’absence de preuve matérielle suffisante, une autre possibilité doit être envisagée, celle qui consiste à voir dans cette tête le vestige d’un buste ou d’une statue. Assurément, la tête, haute de 25 cm, aurait parfaitement pu appartenir à une sculpture indépendante. Les mesures prises au niveau du crâne et du visage se retrouvent ailleurs, sur des effigies de l’Antiquité tardive, hautes d’environ 1,50 m. Les deux déesses de Silahtarağa, Artémis et Séléné, datées de la fin du IVe siècle, pourraient représenter deux exemplaires de comparaison possible <a href= »/images/comp-ra-148-2.jpg » class= »comparaison »><span class= »img-comparaison »<img src= »/images/comp-ra-148-2.jpg » alt= »Séléné du groupe statuaire de Silahtarağa. Osama Shukir Muhammed Amin /CC BY-SA/WikimediaCommons »/></span>(Istanbul, Musée Archéologique, inv. 5058 et 5061)</a> N. de Chaisemartin, E. Örgen, ; Les documents sculptés de Silahtaraḡa (Recherche sur les civilisations. Mémoire), Paris, 1984. ; M. Bergmann, ; Chiragan, Aphrodisias, Konstantinopel : zur mythologischen Skulptur der Spätantike (Palilia), Wiesbaden, 1999. ; L.M. Stirling, ; The Learned Collector : Mythological Statuettes and Classical Taste in Late Antique Gaul, Ann Arbor, 2005. ; B. Longfellow, ; « The Silahtarağa Statues in Context », ; B. Shilling, P. Stephenson (éd.), Fountains and Water Culture in Byzantium, Cambridge (GB), 2016 ; , 77-78. ; B. Kiilerich, H. Torp, ; « Mythological Sculpture in the Fourth Century A.D.: The Esquiline Group and the Silahtaraga Statues », ; Mitteilungen Des Deutschen Archaologischen Instituts Abteilung Istanbul, 1994, p. 307‑316 et Pl. ; , 316.. Ces parallèles relèvent en l’occurrence d’une sensibilité artistique apparemment proche : front bas, arcades sourcilières et paupières supérieures en arc-de-cercle, petite bouche aux lèvres pleine. Mais l’effigie du musée Saint-Raymond géométrise les traits qui, simplifiés à la limite de l’abstraction, incarnent la marque de l’atelier de Chiragan. Ce même atelier a également travaillé la chevelure avec une grande sophistication, d’une manière qui le caractérise tout autant : sillons très profonds et ponts nombreux entre les grands rouleaux parallèles dont les boucles s’entortillent et forment un système d’arabesques complexes. La sculpture peut être mise en parallèle avec une tête conservée à Rome, à l’Antiquarium du Palatin (inv. 12440), que nous avons déjà eu l’occasion de citer dans le cadre de ce catalogue (voir le buste sur médaillon inv. Ra 34 a) M.A. Tomei, ; Museo Palatino, Milan, 1997 ; , 101. ; M. Bergmann, ; Chiragan, Aphrodisias, Konstantinopel : zur mythologischen Skulptur der Spätantike (Palilia), Wiesbaden, 1999 ; , 74.. Les dimensions de l’œuvre romaine, le tenon à l’arrière du crâne et les caractéristiques techniques comme stylistiques sont très proches. C’est également avec une production de plus petit format, comme l’avait bien démontré Marianne Bergmann, que cette effigie trouve des correspondances. <a href= »/images/comp-ra-148-3.jpg » class= »comparaison »><span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-ra-148-3.jpg » alt= »Hygie, musée archéologique de Rhodes. Jebulon/CC0/Wikimedia Commons »/></spanUne statuette d’Hygie à Rhodes (Musée Archéologique, inv. EAM Rhodos 1393)</a>, une tête découverte à Til-Châtel (Côte-d’Or, Musée Archéologique de Dijon), une à Chiragan (inv. Ra 150), une autre, dite « Apollon », de Saint-Georges-de-Montagne (Gironde, collection privée) s’apparentent incontestablement à la déesse au diadème de Toulouse M. Bergmann, ; Chiragan, Aphrodisias, Konstantinopel : zur mythologischen Skulptur der Spätantike (Palilia), Wiesbaden, 1999. ; pour la tête de Dijon, voir aussi M. Bergmann, ; « La villa di Chiragan », ; S. Ensoli, E. La Rocca (éd.), Aurea Roma : dalla città pagana alla città cristiana [mostra. Roma, Palazzo delle esposizioni, 22 dicembre 2000-20 aprile 2001], Roma, 2000 ; , 70 et 460. et M. Provost, ; La Côte-d’Or , De Nuits-Saint-Georges à Voulaines-les-Templiers (Carte archéologique de la Gaule), Paris, 2009 ; , 219-220..
On reconnaît sur chacune de ces sculptures une même simplification du visage, les mêmes sourcils formant un angle aigu, un regard marqué par une paupière supérieure lourde et des globes saillants, une coiffure traitée sous forme de mèches réunies à l’arrière par un chignon, bien séparées les unes des autres par de profonds sillons et enfin, telle une signature, une petite mèche formant un S, retombant depuis la division capillaire centrale dans l’axe de l’arête du nez.
Pascal Capus
Bibliographie
Pour citer cette notice
Capus P., "Tête de déesse couronnée d’un diadème", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_Ra_148>.