Médaillon au dieu acéphale et sa barbe

- Date de création
- période impériale romaine
- Matériau
- Marbre de Saint-Béat
- Dimensions
- H. 69 x l. 82 x P. 23 (cm)
- Numéro d’inventaire
- Ra 34 a ; 2000.139.1
- Fouilles archéologiques
- Fouilles A. Du Mège 1826
- Crédits photographiques
- François-Louis Pons
Le buste masculin nu porte une chlamyde ramenée sur l’épaule gauche. La tête était associée, par un tenon de marbre, au champ du médaillon, comme tous les autres exemplaires de cette série. Elle a disparu, avec toute la partie supérieure de l’œuvre. Le fragment inventorié sous le numéro 2000.139.1, dont la provenance était inconnue et qui avait toujours été interprété comme un fragment de chevelure, se raccorde parfaitement à la partie antérieure du cou. Il ne fait par conséquent aucun doute que ce prétendu appendice capillaire doit en réalité être interprété comme une barbe. Ce fragment provient bien de la villa et appartient à cette figure mythologique, qu’aucun attribut ne permet plus d’identifier (placer ici la photo de la barbe seule + la photo du médaillon avec la barbe associée: photo Serge Nicolo).
Les premiers médaillons des dieux découverts dès 1826 par Alexandre Du Mège avaient été considérés comme très suspects. L’honnêteté du fouilleur avait, de toute évidence, été remise en cause. L’apparence de ces œuvres, dont le style déroutait les connaisseurs d’Antiques, ne trouvait alors aucun parallèle dans le cadre de l’archéologie classique de l’époque. Mais des fragments analogues furent mis au jour, une cinquantaine d’années plus tard, par Albert Lebègue et Abel Ferré, « entre deux et quatre mètres de profondeur, c’est-à-dire au-dessous de la couche explorée par Dumège » L. Joulin, ; Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane (Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des inscriptions et belles-lettres), Paris, 1901 ; , p. 233.. Ces nouvelles découvertes « justifient les anciens et rendent à la science le service d’en établir l’authenticité » (archives Lebègue, Bibliothèque de l’Arsenal Toulouse, MS 129 f. 290-38).
Comme nous l’avons déjà mentionné, les dieux sur médaillons représentent une déclinaison des images sur boucliers (imagines clipeatae), présentes dans certains décors peints et sculptés depuis l’époque hellénistique tardive et les successeurs d’Alexandre le Grand. Représenter des figures, généralement coupées sous la poitrine, associées à une forme circulaire, renvoyait au monde des héros et des dieux, mais aussi à l’apothéose des vivants (voir à ce sujet, Sauron 1994, p. 62-78 G. Sauron, ; Qvis Devm ? L’expression plastique des idéologies politiques et religieuses à Rome à la fin de la République et au début du Principat, Rome, 1994 ; , p. 62-78.). Dans le contexte funéraire de l’élite romaine, en particulier au IIIe siècle de n. è., l’héroïsation formelle du défunt sera invoquée de la même manière, sur les façades des sarcophages. De leur côté, les ateliers d’Aphrodisias auraient travaillé pour différentes catégories de commanditaires. Ainsi le format circulaire fut-il adopté, aux IVe et Ve siècles de n. è., pour les portraits privés, les effigies de héros ou de divinités ou bien encore les représentations de Pères de l’Église. En témoigne en particulier, durant l’Antiquité tardive, l’exemple de la riche « Maison à l’Atrium » d’Aphrodisias, avec ses nombreux philosophes sur « boucliers », intégrés au mur d’une grande abside J. Lenaghan, ; « The Lost Shield Portraits of Aphrodisias. Reflections on Style and Patronage »., Acta ad archaeologiam et artium historiam pertinentia, 30, 2018, p. 189‑216. ; M. Bergmann, ; Chiragan, Aphrodisias, Konstantinopel : zur mythologischen Skulptur der Spätantike (Palilia), Wiesbaden, 1999 ; , p. 58. R.R.R. Smith, ; « Late Roman Philosopher Portraits from Aphrodisias », The Journal of Roman Studies, 80, 1990, p. 127‑155..
Rome, pour sa part, a livré quelques vestiges de médaillons, dont seules les têtes ont parfois subsisté. C’est notamment le cas d’un bel exemplaire conservé à l’Antiquarium du Palatin (inv. 12440) M.A. Tomei, ; Museo Palatino, Milan, 1997 ; , 101. M. Bergmann, ; Chiragan, Aphrodisias, Konstantinopel : zur mythologischen Skulptur der Spätantike (Palilia), Wiesbaden, 1999 ; , 74.. Ses dimensions, le tenon à l’arrière du crâne ainsi que ses caractéristiques techniques et stylistiques sont proches des dieux de Chiragan. Désolidarisée de son support, cette tête, dans laquelle fut reconnue une Muse, devrait à mon avis être reliée aux médaillons de l’Antiquité tardive. Mais ce sont les fouilles d’Aquilée, l’une des résidences impériales de Maximien Hercule, qui ont livré, dans la partie occidentale de l’Empire, la plus importante série de médaillons en marbre. Les dernières études sur le quartier du cirque romain de cette cité laissent penser qu’une vaste demeure aurait pu y servir de résidence impériale. Parmi le mobilier lapidaire provenant de cette zone, un grand nombre de médaillons, en marbre du Proconnèse, représentaient les Douze Dieux du panthéon mais également la déesse Rome, Isis ou encore un dieu au bonnet phrygien, attribut caractéristique de certaines divinités orientales. La série a été datée de la première moitié du IVe siècle de n. è. C. Tiussi, L. Villa, ; « Aquileia in Età Tetrarchica e Costantiniana. Trasformazioni Urbanistiche e Monumentali Nel Settore Occidentale », Aquileia Nostra, International Journal of Ancient Studies on Northern Adriatic Regions, 88, 2017, p. 91‑147 ; , en partic. 127.. Dans son étude sur le site et le décor qui en aurait fait partie, Giulia Mian remarqua les similitudes envisageables entre cette résidence et la villa de Chiragan. Effigies impériales et médaillons se seraient ainsi côtoyés dans la résidence de Cisalpine comme dans celle d’Aquitaine G. Mian, ; « Il palazzo imperiale tardo-antico ad Aquileia. Note sullo stato della questione »., Aquileia Nostra, International Journal of Ancient Studies on Northern Adriatic Regions, 83-84, 2012–2013, p. 89‑95 ; , en partic. p. 91-93. G. Mian, ; « Riflessioni sulla residenza imperiale tardoantica », ; Aquileia dalle origini alla costituzione del ducato longobardo : territorio, economia, società, Actes de la 37e semaine d’études sur Aquilée, 18-20 mai 2006, 2006, p. 423‑443 ; , p. 434-438.. De son côté, Luigi Sperti avait insisté sur le climat de « traditionalisme nostalgique » afin d’expliquer le contexte des médaillons d’Aquilée et des restructurations du bâti auxquelles ils étaient associés L. Sperti, ; « Scultura Microasiatica Nella Cisalpina Tardoantica : i Tondi Aquileiesi Con Busti Di Divinità », EIDOLA International Journal of Classical Art History, 1, 2004, p. 151‑193 ; , en partic. p. 185-186.. Leur chronologie devrait s’accorder avec les travaux et la mise en œuvre des effigies divines découvertes sur la rive gauche de la Garonne. L’ensemble de Chiragan est cependant indéniablement plus homogène d’un point de vue stylistique que celui d’Aquilée. Mais il est vrai que deux séries distinctes proviendraient de la même résidence d’Aquileia L. Sperti, ; « Scultura Microasiatica Nella Cisalpina Tardoantica : i Tondi Aquileiesi Con Busti Di Divinità », EIDOLA International Journal of Classical Art History, 1, 2004, p. 151‑193. G. Mian, ; « Il palazzo imperiale tardo-antico ad Aquileia. Note sullo stato della questione »., Aquileia Nostra, International Journal of Ancient Studies on Northern Adriatic Regions, 83-84, 2012–2013, p. 89‑95 ; , en partic. 91..
Sur tous ces médaillons, l’inclinaison des bustes, ainsi que le format témoignent d’une exposition à une grande hauteur. À Chiragan, le diamètre varie cependant parfois jusqu’à 15 cm environ ; les exemplaires les plus modestes n’excédent pas 75 cm tandis que les plus grands atteignent 90 cm. Comme à Aquilée, les images sont ici celles de dieux, représentants du panthéon classique pour les uns et de cultes orientaux pour certains autres. Outre les trois têtes et les six médaillons, aujourd’hui exposés au musée, quatre autres tondi, conservés dans les réserves,
dont cet exemplaire, appartenaient à la même série. Il s’agit de divinités masculines. Les bustes, qui demeurent quasiment complets et en bon état, sont malheureusement acéphales. La tête de Vulcain (inv. Ra 34 d) fut, un temps, raccordée à l’un de ces médaillon (inv. Ra 34 c). Ce remontage s’est avéré forcé, tête et buste ne se raccordant pas parfaitement selon Ernest Roschach E. Roschach, ; Catalogue des antiquités et des objets d’art, Toulouse, 1865.. Sur un fragment ajouté à ces deux parties, en haut à gauche, le marteau du maître du feu était représenté (inv. 2000.312.2). Il a, lui aussi, été désolidarisé depuis. La position et la représentation en bas-relief de l’outil du dieu forgeron s’apparente à celles du serpent qui accompagne le dieu Esculape sur un autre médaillon (inv. Ra 34 m). On retrouve, sur d’autres œuvres de la même époque et de même catégorie, en Italie notamment, de tels attributs, à l’arrière-plan, au-dessus de l’une ou l’autre épaule. Ainsi le beau
buste d’Apollon avec carquois, provenant probablement de Minturno (Latium) et conservé au Museum für Kunst und Gewerbe d’Hambourg (inv. 1962.139), en constitue un très bon exemple M. Bergmann, ; Chiragan, Aphrodisias, Konstantinopel : zur mythologischen Skulptur der Spätantike (Palilia), Wiesbaden, 1999 ; , 45.. On distingue dans plusieurs de ces médaillons une technique de taille proche, en particulier dans les enroulements des mèches, ponctuées de trous de trépan profonds.
Si l’appartenance de la tête d’Esculape à l’un des quatre bustes acéphales a été remise en question au point de séparer les deux parties, qu’en est-il de celle de Mars (inv. Ra 156) ? L. Joulin ne l’avait pas associé au cycle des dieux sur médaillons, la rapprochant curieusement d’un bras et d’une jambe dont les proportions ne semblent pourtant pas adaptées au format de la tête du dieu de la guerre L. Joulin, ; Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane (Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des inscriptions et belles-lettres), Paris, 1901 ; , 312.. Il est bien difficile d’avancer quoi que ce soit avant le retrait, prévu, de la tige métallique lui servant de socle et la numérisation photographique 3D de l’ensemble des fragments de cette série, également programmée. En supposant qu’aucune de ces deux têtes ne puisse être reliée aux bustes acéphales et en prenant en compte deux autres têtes féminines (inv. Ra 148 et Ra 34 f), il est alors possible d’envisager que cet ensemble, tout à fait exceptionnel dans le cadre de la Gaule, ait compris quatorze médaillons.
Pascal Capus
Bibliographie
- Cazes et al. 1999 D. Cazes, E. Ugaglia, V. Geneviève, L. Mouysset, J.-C. Arramond, Q. Cazes, Le Musée Saint-Raymond : musée des Antiques de Toulouse, Toulouse-Paris. p. 84 (fig.) et p. 85.
- Espérandieu 1908 É. Espérandieu, Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine, 2. Aquitaine, Paris. p. 32, no 892, fig. 7.
- Joulin 1901 L. Joulin, Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane (Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des inscriptions et belles-lettres), Paris. fig. 59 B.
- Rachou 1912 H. Rachou, Catalogue des collections de sculpture et d’épigraphie du musée de Toulouse, Toulouse. no 34 a.
Pour citer cette notice
Capus P., "Médaillon au dieu acéphale et sa barbe", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_Ra_34_a>.