Partie 2 Galerie des portraits
Portrait d’enfant








- Date de création
- Années 240
- Matériau
- Marbre de Göktepe 4 (Turquie)
- Dimensions
- H. 28 x l. 21 x P. 15 (cm)
- Numéro d’inventaire
- Ra 167
- Crédits photographiques
- Daniel Martin
Longtemps présenté au Musée Saint-Raymond aux côtés du buste deTranquillina (Ra 166), ce portrait fut interprété comme celui d’un enfant de l’impératrice et de Gordien III, en raison de similitudes générales de proportions, de vêtement et de matériau. Cette association est aujourd’hui abandonnée. Plusieurs arguments militent contre cette hypothèse : les différences de facture entre les deux sculptures, l’absence d’enfant attesté pour le couple impérial, l’origine distincte des blocs de marbre de Göktepe utilisés pour leur réalisation, ainsi que l’incompatibilité de leur présentation spatiale, le buste de Tranquillina étant tourné tandis que celui de l’enfant est strictement frontal. Le portrait est donc désormais considéré comme une œuvre indépendante.
Le buste représente un très jeune enfant, âgé d’environ un an à dix-huit mois. Il porte la tunique caractéristique de la petite enfance, fermée sur l’épaule droite par de petits boutons et glissant sur l’épaule gauche. Ce vêtement, commun aux garçons et aux filles durant l’Antiquité, ne constitue en rien un indice permettant de rapprocher cette œuvre de Tranquillina. Son traitement sculptural diffère également : les plis sont rendus par de larges surfaces séparées par de profonds sillons de trépan, avec une exécution plus simple et plus sèche que sur le portrait féminin. Les dimensions réduites du buste correspondent parfaitement à l’âge du sujet et ne présentent aucun caractère exceptionnel lorsqu’elles sont comparées aux autres portraits d’enfants provenant de Chiragan.
La forme du buste constitue un premier indice de datation. Malgré la disparition de sa partie inférieure, il appartient au groupe morphologique défini par Adolf Hekler comme une étape de transition entre les productions flaviennes et celles du règne de Trajan. La représentation du torse devient plus naturaliste, les épaules étant mieux individualisées grâce à de légers sillons. Plusieurs comparaisons avec des portraits conservés à Göttingen, au Musées du Capitole ou à celui de Naples situent cette formule autour des années 100. Certains détails plus archaïques, notamment l’épaisseur du plastron ou la structure du revers, rappellent toutefois des modèles plus anciens, tandis que la qualité du travail exclut une datation trop précoce.
La coiffure apporte des éléments chronologiques plus précis. Les cheveux sont disposés depuis le sommet du crâne vers le front en longues mèches fines légèrement ondulées. Leur organisation évoque directement les coiffures masculines apparues sous Trajan, avec une discrète séparation centrale des mèches frontales. Toutefois, les mèches demeurent plus souples et moins géométriques que sur les portraits impériaux. Des rapprochements sont établis avec plusieurs portraits trajanien ainsi qu’avec des représentations d’enfants datées du début du IIe siècle. Cependant, certaines caractéristiques conduisent à prolonger légèrement cette chronologie jusque sous Hadrien.
Le critère décisif réside dans le traitement de l’œil. L’iris est gravé et la pupille forée, procédé qui apparaît dans le portrait romain vers 130. Cette innovation confère au regard une profondeur et une expressivité nouvelles qui étaient auparavant obtenues essentiellement par la polychromie. Le regard de l’enfant, particulièrement doux et légèrement rêveur, trouve ses meilleurs parallèles dans les premiers portraits d’Antonin le Pieux et dans certaines œuvres de la fin du règne d’Hadrien. La finesse d’exécution exclut l’hypothèse d’une retouche postérieure.
Les portraits d’enfants suivent souvent une évolution différente de celle des portraits d’adultes. Les coiffures inspirées des modèles de l’époque de Trajan continuent ainsi à être employées pendant plusieurs décennies chez les jeunes enfants, alors même que la mode des adultes a évolué. Cette permanence explique que le portrait associe une coiffure d’inspiration trajanique à une technique de représentation des yeux caractéristique des années 130.
Ainsi, l’analyse croisée de la morphologie du buste, de la coiffure et surtout du traitement des yeux conduit à proposer une datation dans les années 130-140, probablement sous les dernières années du règne d’Hadrien ou au début de celui d’Antonin le Pieux. L’œuvre illustre à la fois la persistance de certains modèles iconographiques hérités de Trajan et les innovations techniques introduites dans le portrait romain au cours du deuxième quart du IIe siècle.
D’après J.-C. Balty et E. Rosso 2024, Sculptures antiques de Chiragan (Martres-Tolosane) I. Les portraits romains I.4 Des Sévères à la Tétrarchie, Toulouse, Musée Saint-Raymond, 2024, p. 169-185.
Bibliographie
- Attanasio, Bruno, Prochaska 2021 D. Attanasio, M. Bruno, W. Prochaska, Göktepe Marbles. White, Black and Two-Tone, L’Erma di Bretschneider, Roma, Bristol.
- Cazes et al. 1999 D. Cazes, E. Ugaglia, V. Geneviève, L. Mouysset, J.-C. Arramond, Q. Cazes, Le Musée Saint-Raymond : musée des Antiques de Toulouse, Toulouse-Paris. p. 141
- Espérandieu 1908 É. Espérandieu, Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine, 2. Aquitaine, Paris. p. 88, no 997
- Joulin 1901 L. Joulin, Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane (Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des inscriptions et belles-lettres), Paris. p. 219-300, XXV pl., fig. 274 E
- Rachou 1912 H. Rachou, Catalogue des collections de sculpture et d’épigraphie du musée de Toulouse, Toulouse. no 167
Pour citer cette notice
Capus P., "Portrait d’enfant", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_ra_167>.