Partie 2 Galerie des portraits

Figure vêtue à l’orientale aux pieds d’un empereur

0%
Figure vêtue à l’orientale aux pieds d’un empereur
Figure vêtue à l’orientale aux pieds d’un empereur
Date de création
IIe ou IIIe siècle
Matériau
Marbre blanc
Dimensions
H. 42 x l. 51 x E. 14 (cm)
Numéro d’inventaire
Ra 33
Fouilles archéologiques
Fouilles A. Du Mège 1826-1830
Crédits photographiques
Daniel Martin

Un personnage masculin est vêtu d’une tunique courte et d’un manteau, chaussé de braies, coiffé d’un bonnet mou à la pointe retombant vers l’avant, communément nommé phrygien. Il se tient au pied d’un arbre dont on aperçoit le tronc, derrière lui. Près de celui-ci, d’un personnage bien plus grand ne subsistent qu’une jambe et les pieds nus. Léon Joulin reconnut ici Mithra au pied du dieu Sol L. Joulin,  ; Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane (Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des inscriptions et belles-lettres »,), Paris, 1901 ; , p. 103., ce que n’écarte pas Espérandieu, qui émet l’hypothèse d’une œuvre créée dans un contexte « mithriaque » É. Espérandieu,  ; Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine, 2. Aquitaine, Paris, 1908 ; , 55-56.. De son côté, Daniel Cazes préféra voir une représentation du dieu Attis, en raison du pedum (bâton) que la figure semblait tenir de ses deux mains D. Cazes,  ; Marbres Cachés : Sculptures Antiques Des Réserves Du Musée Saint-Raymond : Exposition Au Musée Saint-Raymond, Musée Des Antiques de Toulouse, Du 20 Juin Au 16 Septembre 2001, S. l, 2001 ; , p. 16-17.. Je ne reconnais ni l’un ni l’autre et privilégierais sans trop de doute un captif, oriental en l’occurrence, sinon la personnification d’une province conquise, au pied d’un empereur. C’est donc bien une iconographie de type triomphal qui semble s’imposer sur ce relief. Sans doute le format réduit a-t-il trompé quelque peu nos prédécesseurs. Nous sommes en effet ici bien loin de la monumentalité attendue pour une telle iconographie, généralement dévolue à de grands espaces publics, sanctuaire ou forum, par exemple L. Ungaro,  ; I marmi colorati della Roma imperiale : [exposition Rome, Mercati di Traiano, 28 septembre 2002 - 19 janvier 2003], Venise, 2002 ; , 129-133. ; L. Ungaro,  ; « Simboli e immagini del trionfo in marmo. « barbari », romani e congeries armorum nel Foro di Traiano »,  ; Traiano : costruire l’Impero, creare l’Europa [exposition, 29 novembre 2017-16 septembre 2018, Rome, Mercati di Traiano – Museo dei Fori Imperiali, Rome, 2017], Rome, 2017 ; , 291-296. ; L. Ungaro, V. Di Cola,  ; « Sculture dal Foro di Traiano: nuovi approcci metodologici », Archeologia e Calcolatori, 33, 2, 2022, p. 255‑278.. L’image du captif habillé à l’orientale, mains réunies à l’avant (qu’elles aient été maintenues par des liens ou bien qu’elles tiennent un instrument symbole de servitude) se retrouve cependant, certes rarement, en dehors de tels contextes monumentaux. Un pied de table anthropomorphisé de Pompéi, provenant de la Maison du Camille (Naples, Musée Archéologique national, inv. 120403), notamment, offre un parallèle intéressant à notre figure R.M. Schneider,  ; « The Barbarian in Roman Art. A Counter-Model of Roman Identity »,  ; B. Luiselli, P. Pensabene (éd.), The Roman Period (in the Provinces and Barbaric World). XIII International Congress of Prehistoric and Protohistoric Sciences, Forlì, Italie, 8-14 Septembre 1996 (The Colloquia of the XIII International Congress of Prehistoric and Protohistoric Sciences), Forlì, 1996, p. 19‑30 ; , 22. ; G. Pugliese Carratelli (éd.),  ; Pompei : pitture e mosaici , Volume VIII : Regio VIII ; Regio IX, parte I (Pompei), Rome, 1998 ; , p. 540-564.. D’un tout autre autre format, des figures colossales obéissant à un type similaire furent également associés à des architectures dont ils pouvaient former de pseudo-supports. On pensera notamment aux productions d’époque antonine, qui, outre les célèbres captifs du forum de Trajan à Rome, ponctuaient l’étage supérieur d’une façade de Corinthe, sur le côté nord de l’agora R.M. Schneider,  ; Bunte Barbaren. Orientalenstatuen aus farbigem Marmor in der römischen Repräsentationskunst, Worms, 1986 ; , 128-129..

Les pieds dénudés de l’empereur auquel l’individu au bonnet était symboliquement liée, sur l’œuvre de Chiragan, renvoient à un contexte sacré et triomphal, peut-être à un portrait posthume K. Fittschen,  ; « Zur Panzerstatue in Cherchel », Jahrbuch des Deutschen Archäologischen Instituts, 91, 1976, p. 175‑210 ; , en partic. p. 207-208.. L’association d’un empereur à un captif dans la statuaire impériale monumentale est connue. Suite à la conquête de la Dacie et à l’organisation de la nouvelle province, le règne de Trajan représente probablement un apogée dans le domaine de l’iconographie triomphale et donc de la citation récurrente du « barbare » ; une véritable « obsession », comme le souligne Lucrezia Ungaro L. Ungaro,  ; « Simboli e immagini del trionfo in marmo. « barbari », romani e congeries armorum nel Foro di Traiano »,  ; Traiano : costruire l’Impero, creare l’Europa [exposition, 29 novembre 2017-16 septembre 2018, Rome, Mercati di Traiano – Museo dei Fori Imperiali, Rome, 2017], Rome, 2017 ; , p. 291.. On citera la Statue de Trajan, Musée d’Antalya. Carole Raddato/CC BY-SA/Wikimedia Commonssculpture de Trajan avec un captif, genou à terre, à Pergé (Pamphylie), au musée d’Antalya. De même, l’impressionnante statue du temple d’Auguste, à Pula, qui représente le même empereur, accompagné d’un captif, agenouillé, témoigne-t-elle d’une iconographie dont la portée politique était chère au commanditaire B. Akçay-Güven,  ; « A Reworked Group of Emperor Statues from the Theatre of Perge »,  ; M. Aurenhammer (éd.), Sculpture in Roman Asia Minor, Vienne, 2018, p. 365‑376 ; , 375.. Bien entendu, seule une inscription permettrait d’identifier le relief. L’image miniaturisée faisait-elle allusion à un règne du passé ? Était-elle la transcription, dans le cas d’une image tardive, des valeurs d’auctoritas et de maiestas qui, à Rome, furent renouvelées par Constantin ? L’hypothèse de la présence dans la villa de hauts personnages, en lien direct avec le pouvoir, que paraît bien confirmer l’exceptionnelle série des portraits jusqu’à une époque tardive, semble pouvoir être retenue à défaut de sources tangibles.

La base est elle aussi intéressante. Elle forme, en façade, une accolade. Les supports moulurés ne sont pas exceptionnels à Chiragan. Plusieurs statuettes fragmentaires, de petit ou de moyen format, montrent de tels socles. Dans le monde romain, les bases profilées sont également associées à de grandes statues et apparaissent, semble-t-il, à l’époque d’Hadrien F. Muthmann,  ; Statuenstützen und dekoratives Beiwerk an griechischen und römischen Bildwerken : ein Beitrag zur Geschichte der römischen Kopistentätigkeit (Abhandlungen der Heidelberger Akademie der Wissenschaften. Philosophisch-historische Klasse), Heidelberg, 1951. ; A. Filges,  ; « Marmorstatuetten Aus Kleinasien : Zu Ikonographie, Funktion Und Produktion Antoninischer, Severischer Und Späterer Idealplastik », Istanbuler Mitteilungen, 49, 1999, p. 401‑402 ; , en partic. p. 401-402.. De leur côté, les bases curvilinéaires formée d’un cavet encadré par deux bandeau ne naissent pas, semble-t-il avant la période sévérienne. Elles se retrouvent de Cyrène L.I.M.C.,  ; Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae, s. d. à Saint-Georges-de-Montagne et déterminent un trait de style des ateliers orientaux.

Pascal Capus

Bibliographie

    Pour citer cette notice

    Capus P., "Figure vêtue à l’orientale aux pieds d’un empereur", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_Ra_33>.