Partie 2 Galerie des portraits

Tête d’homme inconnu

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Tête d’homme inconnu
Tête d’homme inconnu
Tête d’homme inconnu
Tête d’homme inconnu
Tête d’homme inconnu
Tête d’homme inconnu
Tête d’homme inconnu
Tête d’homme inconnu
Date de création
Seconde moitié du Ier siècle avant notre ère
Matériau
Marbre blanc à grains fins et grosses inclusions de mica
Dimensions
H. 29 ; Hauteur tête : 25 x l. 19 x P. 20 (cm)
Numéro d’inventaire
Ra 86
Fouilles archéologiques
Fouilles de 1826 (?)
Crédits photographiques
Daniel Martin

Malgré l’usure extrême de l’épiderme, l’œuvre a du caractère. Le contour général de la chevelure très courte ne se voit qu’en lumière rasante mais on en distingue certains détails : une étroite frange de cheveux dans l’axe du visage et un favori devant les oreilles. Les oreilles ne sont pas du tout dégagées du reste de la masse crânienne. L’arrière n’est que sommairement achevé et l’on peut donc se demander si cette tête n’était pas, comme d’autres de la même période, destinée à être insérée dans une statue en toge dont le pan ramené au-dessus du crâne (velato capite) comportait une cavité piquetée à cet effet.

Les plis naso-labiaux accusés et une bouche large, aux coins tombants et aux lèvres assez molles confèrent au personnage une moue très caractéristique qui revient, tel un leitmotiv, sur toute une série de portraits de la fin de l’époque républicaine et du début de l’époque d’Auguste, affirmation d’italité et de gravitas 1. Ces traits définissent aussi un réel « visage d’époque » (Zeitgesicht). Les effigies de ce type se différencient alors du pathos des images inspirées par des portraits de souverains hellénistiques, voire de l’idéalisation classicisante de celles que commencent à influencer les représentations de l’empereur et des membres de la maison impériale (domus Augusta).

Le réalisme est ici atténué, il se différencie des traits exagérément accusés qui pouvaient caractériser certaines effigies d’époque républicaine. Le portrait individuel hellénistique ne fut pas sans influence sur ces images de romains à partir du milieu du Ier siècle avant n. è. (missing reference) ; J.-C. Balty,  ; « Portrait et société au Ier siècle avant notre ère »,  ; Römisches Porträt : Wege zur Erforschung eines gesellschaftlichen Phänomens, Wissenschaftliche Konferenz 12.-15. Mai 1981, Berlin, 1982 ; , p. 141-142.. Notre tête évoque le César du « type Turin [Castello di Agliè] » et plus particulièrement toutes ces têtes qui ont passé, en raison de leur ressemblance, avec de possibles portraits du dictateur. On soulignera en particulier, souvent, sur ces portraits, le dessin assez analogue de la chevelure sur le front, avec ces deux grandes plages de calvitie qui encadrent une touffe centrale assez rase mais également les « parenthèses » naso-labiales, tous éléments qui composent des formules stéréotypées destinées à caractériser un certain type d’homme dont l’auctoritas est ainsi manifeste. Exécutées, selon Paul Zanker, dans des ateliers locaux d’Italie (il ne s’agirait donc pas de « stadtrömisch », autrement dit, d’œuvres issues des ateliers de l’Urbs) P. Zanker,  ; « Das Bildnis des M. Holconius Rufus », Archäologischer Anzeiger, 1981, p. 349‑361 ; , en partic. 357. elles figureraient des membres des élites municipales, caractéristiques du Ier siècle avant n. è. Du César de Turin, l’exemplaire toulousain a les yeux en amande aux paupières supérieures lourdes, les joues creuses soulignées d’incisions, la bouche large, le menton fort et un port de tête volontaire.

Le marbre utilisé prouve que la tête fut importée. Ainsi, si l’on considère que l’œuvre, d’après toutes les caractéristiques formelles évoquées, date de la période 40-20 avant n.-è., il s’agit donc du plus ancien portrait mis au jour dans la villa de Chiragan.

D’après J.-C. Balty 2005, Les portraits romains , 1 : Époque julio-claudienne, 1.1 (Sculptures antiques de Chiragan (Martres-Tolosane), Toulouse, p. 121-125.

  1. Confer. Pline, Ep. I, 14, 4 et le vocabulaire utilisé à ce propos : verecundia, frugalitas, rusticitas antiqua

Bibliographie

    Pour citer cette notice

    Capus P., "Tête d’homme inconnu", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_Ra_86>.