Tête d’Éros, dite « d’enfant »








- Date de création
- période impériale romaine
- Matériau
- Marbre blanc
- Dimensions
- H. 15 x l. 11 x P. 115 (cm)
- Numéro d’inventaire
- Ra 133
- Fouilles archéologiques
- Fouilles Léon Joulin 1897-1899
- Crédits photographiques
- Daniel Martin
Si cette tête juvénile était un portrait, hypothèse que nous exclurons, nous y reviendrons, l’âge du garçonnet représenté n’excéderait pas les deux ans. Au sujet de la place de l’enfant et de l’adolescent dans l’art romain, Jean-Charles Balty, dans son étude d’une belle effigie de Chiragan, datée de l’époque antonine (inv. Ra 124) J.-C. Balty, D. Cazes, E. Rosso, ; Les portraits romains, 1 : Le siècle des Antonins, 1.2 (Sculptures antiques de Chiragan (Martres-Tolosane), Toulouse, 2012 ; , 186., rappelait certains propos de Frederik Poulsen. L’archéologue danois y soulignait « l’extrême sensibilité avec laquelle l’art du portrait a su rendre, tout au long de cette période, la délicatesse et le charme de leurs visages, empreints parfois d’espièglerie et souvent d’une réelle touche de rêverie » F. Poulsen, ; « Childhood and Youth in Roman Life and Art », ; Glimpses of Roman Culture, Leiden, 1950, p. 248‑255 ; , 248-255.. Réalisés au moment du décès de ces enfants, ces visages ont également pu être sculptés de leur vivant, pour compléter, dans les couches aisées de la population, des ensembles familiaux qui ne faisaient qu’imiter ceux de la domus Augusta (loc. Cit).
On ne retrouve pas, sur cette tête, le creusement des pupilles à partir des deux trous de forage qui, côte à côte, pouvaient former, aux alentours de 200 après J.-C., et par la suite, un aspect réniforme ou, si l’on préfère, en haricot. Les yeux sont ici caractérisés par des cupules, ou creusements circulaires, qui pouvaient recevoir iris et pupille en verre ou en pierre. Ces creusements diffère considérablement des portraits assurés de la villa.
Ainsi, si la rêverie évoquée par F. Poulsen pour les portraits d’enfants paraît bien caractériser l’expression accordée par le sculpteur à cette belle œuvre, c’est cependant dans le champ de la statuaire idéale qu’il semble préférable d’intégrer cette dernière. Léon Joulin y voyait en l’occurrence un Bacchus enfant. Nous privilégierons, de notre côté, une tête d’Éros. Le jeu capillaire qui forme une sorte de crête sur le crâne n’est pas sans évoquer le toupet du fils d’Aphrodite. En outre, la mélancolie qui paraît émaner de ce visage semble faire écho à celle que les sculpteurs ont parfois accordée à
certaines représentations du dieu.
La chevelure de ce très jeune garçon se distingue par des mèches épaisses et particulièrement longues. Une importante excroissance capillaire, à l’avant du crâne, vient s’achever en ondulation souple sur le front, dans l’axe de l’arête du nez. Sur le côté droit, l’apparente subdivision en deux rangs superposés de virgules de ces mèches n’est due qu’à l’altération du marbre à mi-parcours ; il s’agit bien, au contraire, d’un seul ensemble de cheveux qui serpente, depuis le vertex jusqu’au dessus de l’oreille et s’achève en forme de crochet au centre de la tempe. Marianne Bergmann avait très justement rapproché cette coiffure de celles qui caractérisaient deux autres têtes de Chiragan : la tête de barbare (Ra 159) et le jeune homme contre un arbre (Ra 158) M. Bergmann, ; Chiragan, Aphrodisias, Konstantinopel : zur mythologischen Skulptur der Spätantike (Palilia), Wiesbaden, 1999 ; , 55.. Sur le côté gauche, ce sont trois groupes de mèches, sinueuses et tout aussi épaisses, qui forment des virgules, dirigées vers le visage. Ces méandres se retrouvent partout ailleurs dans la coiffure mais très grossièrement à l’arrière ou, en particulier au niveau de l’occiput, les mèches ne sont qu’à peine dégrossies.
Le visage montre un petit menton de forme aiguë, des joues potelées, une petite bouche aux lèvres charnues. Ces dernières ont été subtilement séparées par un canal de trépan et remontent aux commissures ; l’enfant esquisse ainsi un très léger sourire qui renforce la fraîcheur de ses traits mais, surtout, apporte une poésie certaine à ce visage marqué, nous l’avons dit, par une certaine rêverie mélancolique. Si l’on prend en considération l’angle aigu qui dessine l’arcade sourcilière associé à la manière de concevoir la chevelure en très grosses mèches,
c’est vers la partie orientale de la Méditerranée qu’il faudrait rechercher des parallèles.
Pascal Capus
Bibliographie
Pour citer cette notice
Capus P., "Tête d’Éros, dite « d’enfant »", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_Ra_133>.