Satyre et Hermaphrodite




- Date de création
- période impériale romaine
- Matériau
- Marbre blanc
- Dimensions
- H. 20 x l. 13 x P. 11 (cm)
- Numéro d’inventaire
- Ra 146
- Crédits photographiques
- Daniel Martin
Malgré l’état fragmentaire de l’œuvre, reconnaître son sujet ne pose aucun problème. Cette lutte entre deux figures, qui fut parfois assimilée à une scène « érotique », évoque l’agression sexuelle d’un satyre dont le nom, Hermaphrodite, trahit l’origine paternelle et maternelle : Aphrodite et Hermès. Figure sexuellement double, la partie arrière de son corps aurait été confondue, par son assaillant, avec celui d’une nymphe. Hermaphrodite tente d’échapper à cette étreinte forcée, éloignant de sa main droite le visage de son agresseur tout en saisissant, de sa gauche, le pied droit. La statuette s’inscrit tout autant dans l’histoire de la sculpture hellénistique que dans l’affirmation de la passion pour la collection, autrement dit, l’accumulation d’œuvres d’inspiration grecque au sein des domaines aristocratiques.
On dénombre aujourd’hui une trentaine de répliques en ronde-bosse d’un même original, disparu, d’époque hellénistique (<a href= »/images/comp-ra-146-1.jpg »class= »comparaison »><span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-ra-146-1.jpg » alt= »Hermaphrodite, Musée archéologique national de Venise, inv. 198. Didier Descouens/CC-BY/Wikimedia Commons »/></span>Hermaphrodite, Musée archéologique national de Venise, inv. 198</a>). Mais seuls quatre exemplaires ont une provenance archéologique certaine : deux à Daphné, près d’Antioche (Syrie), dont un dans le théâtre de la cité (musée archéologique de Hatay, à Antakya, inv. 1327), un à Sidé (Pamphylie, actuelle Turquie) et, enfin, celui de Martres-Tolosane A. Stähli, ; Die Verweigerung Der Lüste: Erotische Gruppen in Der Antiken Plastik, Berlin, 1999 ; , p. 309–31.. À l’exception de deux groupes en bronze, aujourd’hui à Bonn et à Prague, le marbre blanc demeure le matériau récurrent dans lequel ont été conçues ces copies R.M. Schneider, ; « Lust Und Loyalität Satyrstatuen in Hellenistischer Zeit », ; T. Hölscher (éd.), Gegenwelten Zu Den Kulturen Griechenlands Und Rom in Der Antike, Leipzig –, Munich, 2000, p. 351‑389 ; , 365-366.. La version sculptée conservée à Dresde (d’un tout autre format, nous en reparlerons), autant en raison de sa qualité que de son intégrité, a été considérée comme la meilleure réplique du modèle original. Ainsi le type est-il dit <a href= »/images/comp-ra-146-2.jpg »class= »comparaison »><span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-ra-146-2.jpg » alt= »Symplegma, SKD, inv. Hm 155. ©Skulpturensammlung,
Staatliche Kunstsammlungen Dresden. Accès libre. Tous droits réservés »/></span>« symplegma de Dresde »</a>. En raison d’une composition qui se répète, outre quelques légères différences, nous pouvons sans trop de crainte nous appuyer sur ce dernier exemplaire, le plus complet assurément, afin de restituer son aspect original au petit marbre de Chiragan. Ainsi peut-on supposer que le visage du satyre devait être maintenu, dans un geste désespéré, par la main droite d’Hermaphrodite. Les deux mèches encore visible sur l’épaule et l’omoplate de la victime, aujourd’hui acéphale, s’échappaient d’une chevelure formant deux rouleaux qui, à partie de la division centrale, étaient ramenés à l’arrière du crane en un chignon bas.
Parmi la série des répliques connues, dont la majorité présente une hauteur plus ou moins égale à un mètre, cinq exemplaires, dont celui-ci, sont miniaturisés. Une même composition s’ordonne à partir de grandes lignes, renforcées par l’inclinaison latérale du corps du satyre et d’Hermaphrodite, qui se croisent au centre de la composition, au niveau du pénis du satyre, détail symbolique.
Le socle de la statuette présente une découpe, en biseau, particulièrement originale. Elle semble avoir été intégrée à un autre support, probablement conçu dans un matériau différent, dont la texture voire l’aspect précieux pouvait valoriser le groupe. Invité à faire pivoter le groupe ou bien à entreprendre un mouvement circulaire tout autour de lui, le spectateur découvrait par conséquent l’ambivalence du corps d’Hermaphrodite, clé de lecture de l’œuvre. Différents états pourraient être convoqués lors de la lecture d’un tel groupe : plaisir, risque, désir et pouvoir L. Åshede, ; Desiring Hermaphrodites: The Relationships of Hermaphroditus in Roman Group Scenes (Dissertation), PhD thesis, soutenue à l’Department of Historical Studies, University of Gothenburg, 2015 ; , p. 286-296.. Ainsi se mêlait, comme il arrive souvent dans la culture esthétique inhérente au cadre raffiné des demeures de l’élite romaine, la délectation face à la délicatesse de l’objet, le jeu de la découverte et la surprise. C’est également le souvenir des temps anciens, dont les créations, littéraires et artistiques, pouvaient être constamment rappelées dans les villae, qu’évoquaient ces copies, devenues de véritables icônes au sein de l’élite romaine.
Margaux Gillet et Pascal Capus
Bibliographie
Pour citer cette notice
Capus P., "Satyre et Hermaphrodite", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_Ra_146>.