Tête fragmentaire de Démosthène



- Date de création
- période impériale romaine
- Matériau
- Marbre de Saint-Béat (?)
- Dimensions
- H. 30 x l. 9 x P. 11 (cm)
- Numéro d’inventaire
- Ra 163
- Fouilles archéologiques
- Fouilles Léon Joulin 1897-1899
- Crédits photographiques
- Daniel Martin
Démosthène (384-322 avant notre ère) a toujours été considéré comme l’un des plus grands représentants de l’art oratoire grec Démosthène, ; Discours (Editio minor), Paris, 2023.. Parce qu’il a été spolié et humilié par ses propres tuteurs, il s’initie à l’éloquence et, au sortir de l’adolescence, intente un procès durant lequel il plaide sa cause contre ces hommes sans scrupule. Il devient par la suite logographe judiciaire, une profession répandue dans l’Athènes du IVe siècle B. Veneroni, ; « Démosthène logographe », Revue des Études Grecques, 79 fasc. 376-378, 1966, p. 640‑654.. Alors que la grande cité grecque est fortement menacée par les désirs de conquêtes de Philippe de Macédoine, Démosthène prononce sa Première Philippique, en 351 avant n. è. C’est un grand plan militaire que propose l’orateur dans ce discours, en appelant à la réorganisation de l’armée afin de résister à la pression macédonienne. Il invoque le patriotisme et le refus de la servitude, l’union des citoyens d’Athènes comme de la Grèce tout entière. À l’image de tous ceux qui lui succéderont, ce discours est porté par la flamme qui habite le politique, comme par la gestuelle appropriée et une grande austérité.
Plus de quarante ans après sa mort, un certain Polieuctos, sculpteur dont nous ne connaissons par d’autre œuvre, reçoit la charge de concevoir la première statue honorifique, en bronze, de l’orateur. Elle devait être élevée au cœur de l’Agora, au sud de l’enceinte des Douze Dieux. Des copies de la statue entière, exécutées à l’époque romaine, sont aujourd’hui conservées <a href= »/images/comp-ra-163-1.jpg » class= »comparaison »><span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-ra-163-1.jpg » alt= »Démosthène, Glyptothèque Ny Carlsberg Copenhague, Inv. 2782. Gunnar Bach Pedersen/Domaine Public/Wikimedia Commons »/></span>au Vatican, à Copenhague et à Bruxelles </a>. Une variante de l’image du rhéteur apparaît aussi sur une mosaïque de Trèves tandis que des bustes, à Oxford, Cyrène ou encore Paris reprennent la physionomie de l’original<a href= »/images/comp-ra-163-2.jpg »class= »comparaison »><span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-ra-163-2.jpg » alt= »Tête de Démosthène, Musée du Louvre, Ma 237. Mbzt/CC BY-SA/Wikimedia Commons »/></span></a>.
L’œuvre du musée Saint-Raymond, conservée en réserve et peu connue, représente, malgré son état fragmentaire, une image d’une très grande intensité où s’imposent la gravité et la richesse intérieure du personnage. Elle aurait pu avoir été associée, au sein de la demeure, à une série d’hommes célèbres, philosophes en particulier. Au moins la figure de Socrate est-elle reconnaissable, sur le relief dit « Assemblée de philosophes » (Assemblée de philosophes (?) – La villa de Chiragan), où l’« accoucheur des esprits » est associé à un portrait sur pilier hermaïque, dans lequel fut reconnu Pythagore A. Hermary, ; « Socrate à Toulouse », Revue archéologique de Narbonnaise, 29, 1, 1996, p. 21‑30 ; , en partic. p. 29-30.. Cette œuvre renverrait à ces groupements de portraits d’hommes illustres du passé auxquels les Romains aimaient faire référence. Mais c’est bien là, à nouveau, la preuve du caractère exceptionnel de la villa de Chiragan, très rare site archéologique à avoir livré, sur le territoire des Gaules, de telles représentations d’hommes grecs illustres L.M. Stirling, ; The Learned Collector : Mythological Statuettes and Classical Taste in Late Antique Gaul, Ann Arbor, 2005 ; , p. 89.. Nous avons précédemment mentionné la villa de Welschbillig </a> en Gaule Belgique, qui accueillit une exceptionnelle série de bustes en hermès autour de son grand bassin
. Lettrés et grands militaires y formaient un ensemble composé de 68 portraits qui incarnent autant de références érudites revendiquées par les propriétaires de certains grands domaines fonciers tardo-antiques H. Wrede, ; Die Spätantike Hermengalerie von Welschbillig : Untersuchung zur Kunsttradition im 4. Jahrhundert n. Chr. und zur allgemeinen Bedeutung des antiken Hermenmals (Römisch-germaische Kommission des Deutschen Archäologischen Instituts zu Frankfurt A.M. Römisch-Germanische Forschungen), Berlin, 1972 ; , p. 46-54. ; R. Neudecker, ; Die Skulpturenausstattung Römischer Villen in Italien, Mayence, 1988 ; , p. 105-14, 147-57.. Et c’est encore dans un contexte d’habitat qu’une autre effigie de Démosthène fut mise au jour dans la villa de Fianello Sabino (Rieti, Latium) C. Vorster, ; « Die Skulpturen von Fianello Sabino. Zur Beginn Der Skulpturenaustattung in Römischen Villen », PALILIA, 5, 1998 ; , en partic. 148-149. ; C. Vorster, ; « Le Sculture Di Fianello Sabino – I Primi Apparati Decorativi Scultorei Nelle Ville Romane », ; Le Ville Romane Dell’Italia e Del Mediterraneo Antico, Actes de Colloque, Université de Tokyo, 13-15 Novembre 1999, 1999, p. 177‑190 ; , 186.. Le portrait est ici hermaïque et fut associé à un autre intellectuel grec, dont le visage est malheureusement presque entièrement ruiné. Cette représentation diffère par conséquent, d’un point de vue formel et technique, de la tête de Chiragan. Car cette dernière semble bien avoir été, dès l’origine, une demi-tête, dont seule la partie gauche fut réalisée. Le côté droit a été fixé à un support ; cette surface d’apposition à la paroi originelle montre une marge lisse qui entoure une partie centrale seulement dégrossie. Ainsi cette surface de joint fait-elle immédiatement songer à la technique grecque de préparation des pierres architecturales, l’anathyrose, dans laquelle une bande périphérique est soigneusement polie et circonscrit une partie centrale non dressée ou, si l’on préfère, non aplanie.
Du point de vue du type, ce qu’il reste de l’œuvre martraise respecte bien certains détails capillaires visibles sur d’autres portraits de l’orateur. Ainsi les trois mèches formant virgule vers la gauche se retrouvent-elles, entre autres, sur les portraits du Louvre (Ma 237), du musée Barracco (inv. N. 140), du Vatican, au museo Chiaramonti (inv. 1555) ou encore sur <a href= »/images/comp-ra-163-3.jpg »class= »comparaison »><span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-ra-163-3.jpg » alt= »Démosthène, Musées du Capitole, Rome, inv. MC 535. Jastrow/Domaine Public/Wikimedia Commons »/></span>le buste fortement restauré des Musées du Capitole (inv. MC 535) </a>. De même, la protubérance du muscle proculus, à la racine du nez, est-elle bien marquée; elle s’accompagne en l’occurrence, sur notre tête, d’une série de trois creux diagonaux subtils, au-dessus de l’œil gauche, qui renforcent la gravité du visage aux sourcils froncés.
La facture semble tout au contraire distinguer l’effigie des grands exemplaires connus. Ainsi le foret du sculpteur a-t-il servi ici à donner davantage de profondeur au regard pénétrant et sévère. La caroncule, en l’occurrence, fortement creusée, participe-t-elle à cet assombrissement. C’est également au niveau des mèches frontales, séparées par de profonds sillons, que l’impression de plasticité des formes paraît renforcée, si on compare celles-ci au jeu plus sobre des autres portraits. Quant aux touffes de poil de la barbe, celles-ci constituent trois rangées de virgules superposées, alternativement dirigées vers la droite et la gauche, et quelque peu schématiques, qui s’opposent au rendu plus conventionnel, du système pileux.
Pascal Capus
Bibliographie
Pour citer cette notice
Capus P., "Tête fragmentaire de Démosthène", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_Ra_163>.