Partie 3 L’art grec revisité

Narcisse (?)

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Narcisse (?)
Narcisse (?)
Narcisse (?)
Date de création
Haut-Empire
Matériau
Marbre blanc veiné de gris
Dimensions
H. 71 x l. 28 x P. 17 x E. 14 (cm)
Numéro d’inventaire
2000.106.1
Fouilles archéologiques
Découvert en 1829 (?)
Crédits photographiques
Daniel Martin

Parmi les quatre torses réunis par Henri Rachou sous le numéro 47 de son catalogue des collections de sculptures, la description du deuxième paraît bien se rapporter à ce buste d’« Adolescent », dont les départs des bras « montrent qu’ils étaient relevés derrière la tête » H. Rachou,  ; Catalogue des collections de sculpture et d’épigraphie du musée de Toulouse, Toulouse, 1912 ; , p.  38.. Mais comment prouver que ce nu masculin provient bien de la villa ? Trois de ces bustes firent l’objet d’une donation au musée de Toulouse quand le quatrième aurait été découvert en 1829. L’ensemble ayant été intégré par le conservateur à sa sous-section du catalogue consacrée aux découvertes de Martres-Tolosane, la remise en question de cette provenance ne semblerait pas s’imposer. Par ailleurs, les dons, attribués pour l’occasion au marquis de Couty et à un certain M. Bellecour, n’autorisent aucune conclusion définitive ; en effet, il ne s’agit pas nécessairement d’y voir des œuvres issues de collections anciennes puisque l’on sait que de nombreux marbres extraits des vestiges de Chiragan donnèrent lieu à des négociations et des ventes occultes à destination de particuliers, avant la sauvegarde et le transfert des sculptures de Martres vers le Musée de Toulouse J.-C. Balty, D. Cazes,  ; Les portraits romains, 1 : Époque julio-claudienne, 1.1 (Sculptures antiques de Chiragan (Martres-Tolosane), Toulouse, 2005 ; , p.  31-34.. Le rapport sur les fouilles de la villa par les membres de la Société archéologique du Midi de la France, chargé des prospections entre 1840 et 1842, constitue une source précieuse dans le dossier de notre sculpture, puisque c’est près de la Garonne et au niveau de multiples « débris », que « le beau torse du génie funèbre avait été trouvé presque sur le sommet d’un de ces monticules ». Les fouilleurs eurent ainsi « l’espoir […] de retrouver les autres parties de cette belle figure. » V. Costes et al.,  ; « Rapport Sur Les Nouvelles Fouilles de Martres », Mémoires de la Société archéologique du midi de la France, V, 1841–1847, p. 113‑119 ; , en partic. p.  116..  

La sculpture est d’une grande qualité d’exécution. Alexandre Du Mège rapprochait ce torse de la posture adoptée, dans l’art romain, par le Génie du repos éternel, dont « les bras étaient relevés au-dessus de la tête » A. Du Mège,  ; Description du musée des Antiques de Toulouse, Toulouse, 1835 ; ,  72.. Trente ans plus tard, l’archiviste Ernest Roschach préféra y reconnaître la seconde identification hypothétique de son prédécesseur : Bacchus E. Roschach,  ; Catalogue des antiquités et des objets d’art, Toulouse, 1865 ; ,  30.. L’un et l’autre demeurent vagues, cependant, quant à cette dernière référence. Du Mège pourrait évoquer la statue du dieu du vin alors encore visible dans les salles du Louvre (Ma 622), mais déplacée à Versailles en 1948 et exposée depuis à son emplacement d’origine, dans la Galerie des Glaces E. Rémond,  ; De Rome à Paris, La Restauration Des Sculptures Antiques Aux XVIIIe et XIXe Siècles, PhD thesis, soutenue à l’Université Toulouse II-Jean-Jaurès, 2021 ; ,  148.. Le dieu ne lève qu’un seul bras, position suffisante pour servir l’argumentaire du conservateur qui cite M. de Clarac lorsqu’il évoque la « mollesse et le repos » contenus dans une telle attitude, un alanguissement que rappellerait ainsi notre buste de jeune garçon. 

La composition évoquée par les érudits toulousains, dans ce cas adaptée à Bacchus, dérive surtout d’un style, celui des œuvres dont le canon fut mis en place par Praxitèle, et, peut-être en premier lieu d’un type iconographique bien connu du dieu Apollon, dit « Lycien », dont la création remonte au IVe siècle avant n. è. Mais, comme le montre bien la version du musée du Louvre, qui provient de Smyrne (Ma 928), si le dieu ramenait effectivement sa main droite sur la tête, son bras gauche reposait sur un tronc d’arbre, autour duquel s’enroulait Python, le serpent de Delphes F. Queyrel,  ; La sculpture hellénistique , Tome 2 : Royaumes et cités (La sculpture grecque , 4; Histoire et archéologie), Paris, 2020 ; , p.  324. Musée Saint-Raymond (Toulouse) et al. (éd.),  ; L’Empire de La Couleur : De Pompéi Au Sud Des Gaules : Catalogue de l’exposition Présentée Au Musée Saint-Raymond 15 Novembre 2014 - 22 Mars 2015, Toulouse, 2014 ; ,  216.. Par conséquent, le modèle diffère de notre exemplaire. C’est bien la première suggestion de Du Mège — la statue provenant de la collection du cardinal Mazarin, également conservée au Louvre — qui doit nous servir de point de comparaison L.I.M.C.,  ; Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae. VI, Zürich ; Munich, 1992 ; ,  705. Musée du Louvre,  ; Les antiques du Louvre : une histoire du goût, d’Henri IV à Napoléon 1er (Trésors du Louvre), Paris, 2004 ; ,  55-56.. Sa dénomination, « Génie éternel », procédait d’une interprétation poétique d’Ennius Quirinus Visconti, qui rapprocha de la mort le relâchement et l’apaisement de ce corps E.Q. Visconti,  ; Musée Pie-Clémentin, Milan, 1822 ; , p. 74.. Cette interprétation fut affirmée au XIXe siècle, soutenue par un mouvement romantique dont Du Mège représentait un indéniable représentant. C’est cependant l’image de Narcisse que retient Paul Zanker à travers ce type iconographique, dont peu d’exemplaires demeurent aujourd’hui répertoriés. La variante du Louvre, que le chercheur allemand attribue au IIe siècle, au cœur de l’époque antonine, renforce, selon lui, « l’expression de sérénité, accentuée par les jambes croisées et par le tronc dans le dos de la figure… Les formes fermes d’un garçon sont transformées en formes douces comme celles d’une femme, les proportions de la poitrine et surtout des hanches sont complètement modifiées. Le regard n’est plus dirigé vers le reflet dans l’eau, mais se dirige (sic), rêveur, vers l’indéterminé » R. Landesmuseum, P. Zanker,  ; Bonner Jahrbücher des Rheinischen Landesmuseums in Bonn und des Vereins von Altertumsfreunden im Rheinlande, Bonn, Allemagne, 1966 ; , p. 160.. Outre la ronde-bosse, la posture du beau Narcisse, que son reflet satisfait et conforte dans sa vanité, se retrouve ailleurs dans l’art romain, notamment dans la peinture murale. Mais sur quelques cuves de sarcophages, proche d’autres figures funéraires, elle évoque également l’image de la beauté fragile dont le sens profond demeure souvent ambigu R. Landesmuseum, P. Zanker,  ; Bonner Jahrbücher des Rheinischen Landesmuseums in Bonn und des Vereins von Altertumsfreunden im Rheinlande, Bonn, Allemagne, 1966 ; , p. 166..

Pascal Capus

Bibliographie

  • de Clarac, Maury, Texier 1832–1834 F. de Clarac, A. Maury, V. Texier, Musée de sculpture antique et moderne. Planches 263 à 544. Statues, Paris
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    pl. 300, no 22
  • Du Mège 1835 A. Du Mège, Description du musée des Antiques de Toulouse, Toulouse
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    no 130, p. 72.
  • Du Mège 1844 A. Du Mège, Description du musée des Antiques de Toulouse (document manuscrit )
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    p. 157
  • Gaborit et al. 2000 J.-R. Gaborit, J.-P. Cuzin, A. Pasquier, Musée du Louvre (éd.), D’après l’antique: [Exposition], Paris, Musée Du Louvre, 16 Octobre 2000-15 Janvier 2001, Paris
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    p. 421, no 225
  • L.I.M.C. 1992 L.I.M.C., Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae. VI, Zürich ; Munich
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    « Narkissos », p. 705, pl. 419, no 21
  • Landwehr, Kleinefenn 2000 C. Landwehr, F. Kleinefenn, Die römischen Skulpturen von Caesarea Mauretaniae, Mainz
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    Denkmäler aus Stein und Bronze, 2, Idealplastik Männliche figuren, p. 64, pl. suppl. 29D
  • Massendari 2006 J. Massendari, La Haute-Garonne : hormis le Comminges et Toulouse 31/1 (Carte archéologique de la Gaule), Paris
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    fig. 138 p. 254
  • Michel 1999 P. Michel, Mazarin, prince des collectionneurs : les collections et l’ameublement du cardinal Mazarin, 1602-1661 histoire et analyse (Notes et documents des Musées de France), Paris
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    p. 355, fig. 79
  • Héros antiques : la tapisserie flamande face à l’archéologie [exposition, Genève, Musée Rath, 29 novembre 2013-2 mars 2014] 2013 Héros antiques : la tapisserie flamande face à l’archéologie [exposition, Genève, Musée Rath, 29 novembre 2013-2 mars 2014], Milan
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    p.61
  • Landesmuseum, Zanker 1966 R. Landesmuseum, P. Zanker, Bonner Jahrbücher des Rheinischen Landesmuseums in Bonn und des Vereins von Altertumsfreunden im Rheinlande, Bonn, Allemagne
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    no 166, p. 160, 162, fig. 10
  • Roschach 1865 E. Roschach, Catalogue des antiquités et des objets d’art, Toulouse
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  • Roschach 1892 E. Roschach, Catalogue des musées archéologiques de la ville de Toulouse : Musée des Augustins, Musée Saint-Raymond, Toulouse
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    no 47 b
  • Roschach [1892] E. Roschach, Musées de Toulouse : Antiquités. Musée Des Augustins : Objets d’art. Musée Saint-Raymond, Toulouse
    .
    no 47 b

Pour citer cette notice

Capus P., "Narcisse (?)", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_2000_106_1>.