Partie 3 L’art grec revisité

Hercule au repos

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Hercule au repos
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Hercule au repos
Hercule au repos
Date de création
Ier ou IIe siècle
Matériau
Marbre blanc
Dimensions
H. 31 x l. 18 x P. 11 (cm)
Numéro d’inventaire
Ra 48
Fouilles archéologiques
Découvert dans les grands thermes en octobre 1842- Fouilles de la Société Archéologique du Midi de la France
Crédits photographiques
Daniel Martin

C’est à l’occasion des fouilles organisées par la Société archéologique du Midi de la France, financées par le conseil général du département de la Haute-Garonne, que cette sculpture fragmentaire a été découverte. Ayant décidé de poursuivre les investigations en direction de l’est, les membres de la Société, Victor Costes, Urbain Vitry, suivis de Guillaume Gaspard Belhomme et Edmond Chambert, qui prirent le relai durant l’année 1841, se concentrèrent sur un « monticule  » qui trahissait un amoncellement de matériau M. de Castellane,  ; « Fragments En Marbre Blanc, Tirés En 1842 et 1843, Des Fouilles de Martres », Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, V, 1847, p. 157‑160 ; , en partic.  115-116). Le groupe de fouilleurs découvrit alors qu’en cet endroit s’élevait des bains imposants dont la plus grande salle livra une statue de nymphe allongée (inv. Ra 44).   Les deux morceaux, séparés au niveau des hanches et composant le corps incomplet de cette sculpture, furent recollés. L’intégralité de la jambe gauche a disparu ainsi que la majorité du bras qui s’appuyait sur la massue. À l’arrière, deux gros éclat ont amputé une grande partie de l’omoplate gauche et le coude droit. L’identification ne pose aucun problème. Il s’agit, une fois encore, de la représentation du fils de Zeus et d’Alcmène se reposant après le labeur {% cite limc_lexicon_nodate .</a>. Au XVIIIe siècle, Charles-Nicolas Cochin observait avec circonspection la plus célèbre statue inspirée par ce thème : l’Hercule Farnèse, haut d’environ trois mètres, conservé au musée de Naples<span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-ra-48-1.jpg » alt= »Hercule Farnèse, musée archéologique de Naples, inv. 6001. Marie-Lan Nguyen/CC BY/Wikimedia Commons « /></span>. L’auteur du Voyage en Italie dénonçait dans ce corps monumental les « mamelles énormes, [les] gros muscles ronds et chargés avec excès, [les] hanches rondes et saillantes, et plusieurs autres formes outrées  ». Ainsi ne pouvait-il voir dans cet ensemble qu’une «  dérive maniérée  » C.-N. Cochin,  ; Deuxième discours sur l’enseignement des Beaux-arts prononcé à la séance publique de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Rouen en 1777, 1778, Paris, 1779 ; , p. 6-8. ; C. Michel,  ; « Charles Nicolas-Cochin et l’art des lumières », BÉFAR, 280, 1993 ; , en partic. p. 282 et 285-286.  ; M. Joly,  ; « Le modèle antique examiné sous l’angle anatomique : entre beau idéal et beau réel (1670-1812) », Dix-huitième siècle, 41, 1, 2009, p. 393‑408 ; , en partic. p. 403..   Peut-être aurait-il préféré les proportions plus mesurées de cette version d’Hercule au repos, premier des deux exemplaires à avoir été mis au jour à Chiragan, près de cinquante ans avant le second (inv. Ra 115, fouilles d’Albert Lebègue et Abel Ferré, 1890) (Bibliothèque de l’Arsenal, Toulouse, fonds Lebègue, MS 129, f. 18-16). L’un et l’autre constituent bien des répliques, en format réduit, d’un même modèle. Cependant, la morphologie des deux sculptures diffèrent nettement. Indéniablement, les exagération musculaires, fidèles à l’expressionnisme hellénistique, que reprochaient l’artiste français du siècle des Lumières, sont largement estompées sur ce corps, moins massif. Ce dernier offre l’impression d’une physionomie plus juvénile et plus sèche et engendre un certain maniérisme, pourrait-on dire. Si les muscles obliques de l’abdomen et le pli inguinal sont très bien marqués, le muscle droit de la paroi abdominale est très atténué. Contrairement à l’angle saillant que forme le bras droit sur la plupart des exemplaires, bras, coude et hanche suivent ici une même ligne. Le torse est donc nettement aminci et la cambrure du torse bien plus marquée, rappelant un peu la ligne serpentine adoptée par le corps de l’Hercule (certes, en bronze) du sanctuaire d’Hercule Quirinus de Sulmona, conservé au musée de Chieti (<span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-ra-48-2.jpg » alt= »Hercule, musée archéologique national d’Abbruzzo. Cats’photos/CC0/Wikimedia Commons »/></span>inv. 4340)  (missing reference) ou encore celui, daté de la fin du IIe siècle de n. è.,  qui fut mis au jour dans les thermes d’Argos (missing reference), une cité pour laquelle Lysippe lui-même aurait conçu, comme pour Sicyone, l’une de ses deux versions en bronze (missing reference). Paolo Moreno fit de ces derniers exemples, deux des types principaux qu’il reconnaissait dans les variantes romaines de l’Hercule au repos P. Moreno,  ; Scultura ellenistica, Rome, 1994 ; ,  11, 13 et 15. ; P. Moreno,  ; Lisippo : l’arte e la fortuna. Mostra, Palazzo delle esposizioni, Roma, 1995, Milan, 1995 ; , p.  242-250..   

Contrairement à l’autre statuette de Chiragan, la main tenant les fruits du jardin des Hespérides est positionnée horizontalement, <span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-ra-48-3.jpg » alt= »Hercule Farnèse, musée archéologique de Naples, inv.6001. Marie-Lan Nguyen/CC0/Wikimedia Commons »/></span>paume vers le haut. C’est ainsi que se présente l’organe droit du grand Hercule Farnèse. Mais cette main a été à peine dégagée par le sculpteur sur notre exemplaire et laissée au stade de l’épannelage. De son côté, l’appui sur la massue, probablement couverte de la léonté, également reprise par la monumentale statue napolitaine, est l’attitude sans doute imaginée par le sculpteur grec Lysippe (IVe s. avant n.-è.). Toutefois, peut-être davantage qu’au marbre napolitain, les deux Hercule de Chiragan paraissent davantage conformes à la seconde statue, tout aussi monumentale, dite Hercule «  Latin  » en raison du lieu supposée de sa conception, Rome. Cet autre colosse, découvert en même temps que le précédent, en 1545, dans les Thermes de Caracalla, est à l’origine d’un type, dit «  Caserte  », du nom de la ville dans laquelle il est conservé depuis le XVIIIe siècle. L’œuvre orne encore aujourd’hui le vestibule du palais royal, construit par Luigi Vanvitelli pour Charles de Bourbon <span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-ra-48-4.jpg » alt= »Hercule Farnèse au repos, Musée du Palais royal de Caserte. Reggia di Caserta su concessione del Ministero della Cultura »/></span>(Caserte, Palais Royal, inv. Cat. SABAP n. 15/00051686). Un dessin d’Antonio da Sangallo le jeune montre que les deux statues étaient mises en scène, durant l’Antiquité, dans les non moins impressionnants thermes de Caracalla. Elles y partageaient un même espace, mitoyen au frigidarium P. Moreno,  ; « Il Farnese ritrovato ed altri tipi di Eracle in riposo », Mélanges de l’école française de Rome, 94-1, 1982, p. 379‑526 ; , en partic. p.  389-391, fig. 4-5..  

D’un autre côté, c’est à un Hercule en bronze</a>, découvert en Ombrie, dans l’antique Fulginae (Foligno, Santa Maria in Campis) et aujourd’hui au Louvre, que Léon Joulin compara la première statue du musée Saint-Raymond <a href= »/images/comp-ra-48-5.jpg »class= »comparaison »><span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-ra-48-5.jpg » alt= »Hercule du type Farnèse, inv. Br652, musée du Louvre. Marie-Lan Nguyen/Domaine Public/Wikimedia Commons »/></span>. L’archéologue perçut, en observant le dessin qu’en fit Collignon, des «  analogies, pour la conformation du corps et de l’attitude  » (missing reference). Mais davantage encore que l’œuvre du Louvre, et d’une plus grande finesse d’exécution, se distingue le bronze mis au jour en 1959 dans le sanctuaire d’Hercule Quirinus, à Sulmona (Abruzzes), daté du IIIe-Ier siècle avant n. è. (Chieti, Museo Nazionale Archeologico).  

Hercule est en lien étroit avec les eaux. Sa présence dans les Thermes de Caracalla, à Rome, n’est pas fortuite ; elle ne l’est pas davantage à Chiragan, où notre statue aurait orné les grands bains, fouillés par la Société Archéologique du Midi de la France dans les années 1840. Le lien entre le héros et les eaux est connu. Diodore de Sicile, notamment, rapporte une légende au sujet de la fondation d’Himère, sur la côte septentrionale de la Sicile. La cité trouverait ses origines dans le jaillissement des eaux, décidé par des nymphes, afin de permettre à Héraclès de se reposer de ses fatigues et de ses voyages en Occident (missing reference) ; M. De Bernardin,  ; « Per un’analisi della figura di Eracle in Sicilia »,  ; Sicilia occidentale. Studi, rassegne, ricerche (Seminari e convegni), Pise, 2012, p. 305‑312 ; , p. 307.S. Vassallo,  ; « La colonia dorico-calcidese di Himera »,  ; M. Congiu, C. Miccichè, S. Modeo (éd.), Dal mito alla storia : la Sicilia nell’Archaiologhia di Tucidide atti del VIII convegno di studi (Triskeles), Caltanissetta, 2012, p. 149‑158 ; , p. 149-158.R. Camerata Scovazzo, S. Vassalo,  ; « Himera. Città Bassa, Scavi 1984 - 1987. Area Albergo Lungo La SS 113 », Kωκαλo\varsigma. Studi pubblicati dall’Istituto di storia antica dell’Università di Palermo, 34, 1988, p. 697‑709 ; , en partic. p. 701-702.. En Grande Grèce, un document épigraphique d’Allifae (Caserte) témoigne de son côté d’un ensemble thermal placé sous la protection du héros protecteur (missing reference) ; P. Wojciechowski,  ; « Cult Appellations and Hercules Worship in Imperial Rome »,  ; The Roman Empire in the Light of Epigraphical and Normative Sources, Toruń, 2013, p. 97‑117 ; , p. 111-L none n. 84.. Compte tenu de la relation entre ce dernier et les résurgences, naturelles ou artificielles, ainsi que de sa présence redoublée dans les grands thermes impériaux du début du IIIe siècle, la statue d’Hercule trouve pleinement sa place dans les bains aménagés au sein des plus luxueuses résidences et, en l’occurrence, à Chiragan. Au final de ses épreuves, le repos du héros fait écho à l’une des composantes majeures de la quête de l’otium : le repos, rendu possible par les aménagements hydriques sophistiqués.  

Pascal Capus

Bibliographie

    Pour citer cette notice

    Capus P., "Hercule au repos", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_Ra_48>.