Pied et mollet du cycle d’Hercule



- Date de création
- période impériale romaine
- Matériau
- Marbre
- Dimensions
- H. 38 x L. 26 x P. 22 (cm)
- Numéro d’inventaire
- 2000.311.1
- Crédits photographiques
- Daniel Martin
La qualité du marbre, le rendu de l’anatomie, le cadre mouluré et la base, au profil droit se concluant sous la forme d’une courbe, ne laissent que peu de place au doute ; ce fragment appartenait bien à la partie inférieure droite de l’une des scènes du cycle des Travaux. Le même double bandeau, d’une largeur récurrente (entre neuf et dix centimètres), sert donc de limite à la scène, comme sur l’ensemble des reliefs de cet atelier de Chiragan. Cependant, comme nous l’avons déjà signalé à plusieurs reprises dans les autres études de ce catalogue, les sculpteurs de la villa s’affranchissent souvent de ce cadre, sur lequel débordent régulièrement figures et accessoires. Le pied de la figure en mouvement, à l’origine tournée vers la gauche, repose fermement sur la terrasse de la base. L’avant-pied, dont les phalanges et les métatarsiens sont fortement accentués, est tout à fait caractéristique de l’atelier à l’origine du cycle d’Hercule. De même, le gros orteil est-il nettement séparé des autres doigts, une particularité qui se remarque sur les autres pieds conservés du cycle.
Savoir à quel relief associer ce fragment représente un travail presque aussi difficile que le furent certaines épreuves du héros. Le décalage de notre jambe fragmentaire à l’extrémité gauche du socle laisse imaginer qu’Hercule se retournait ici violemment, en direction de l’un de ses ennemis, situés à l’opposé. Quatre travaux conservent le pied droit du héros : le sanglier d’Érymanthe, les écuries d’Augias, l’Hydre de Lerne et la capture de Cerbère. Les deux derniers montrent un pied droit identique, vu de profil et disposé lui aussi dans l’angle inférieur gauche de la composition. Ajoutons à cette liste la victoire sur Géryon, où le pied droit du fils d’Alcmène est théoriquement caché par le corps du géant. Nous éliminerons quatre autres travaux : Hercule au jardin des Hespérides n’adopte pas une position du corps compatible ; Hercule et Diomède est peu probable, si l’espace inférieur gauche est bien réservé à la jument ; dans la représentation des oiseaux du lac Stymphale, le héros paraît figé tandis qu’il semble observer l’agonie des volatiles aux ailes de bronze ; enfin, la tête nue d’Hercule, qui doit très certainement être reliée à l’épisode du lion de Némée, est elle aussi inconciliable avec le pied. Comme le prouve l’épaule gauche et la tension du muscle sterno-cleido-mastoïdien, c’est vers la droite qu’était entièrement tourné le corps dans cette scène. Depuis la gauche, celle-ci introduisait le cycle qui se déployait dans le grand espace de réception.
Trois images des travaux demeurent de potentiels candidats. Sur le relief d’Hercule et Hippolyté, le pied gauche, indéniablement celui du fils de Jupiter, repose au sol sur la pointe des orteils, près de la patte arrière droite du cheval de l’Amazone. L’autre pied pourrait parfaitement être dirigé vers la gauche, à l’image de notre fragment. Une telle dynamique ne déroge pas aux gesticulations conventionnelles des corps luttant les uns contre les autres, dans l’art gréco-romain. L’attitude était bien celle du combattant qui, dans les œuvres grecques et hellénistiques, par ce pivotement du corps dont les pieds demeuraient bien campés au sol tandis que les membres supérieurs s’agitaient, <a href= »/images/comp-2000-311-1-1.jpg » class= »comparaison »><span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-2000-311-1-1.jpg » alt= »Sarcophage dit d’Alexandre, provenant de Sidon, Musée national archéologique d’Istanbul. G.dallorto/CC BY-SA/Wikimedia Commons »/></span>signifiaient l’ardeur au combat et la geste héroïque</a>. Encore une fois, ce cycle de l’Antiquité tardive participe-t-il à la revitalisation du répertoire iconographique grec et de ses formes. Ainsi la peinture vasculaire, la sculpture ou encore la toreutique nous offrent-elles de célèbres modèles : grand cratère en calice du peintre des Niobides (Ve siècle avant n. è.) et sa gigantomachie, du musée de Ferrare <a href= »/images/comp-2000-311-1-2.jpg » class= »comparaison »><span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-2000-311-1-2.jpg » alt= »Cratère en calice du peintre des Niobides, Musée archéologique de Ferrare, inv. 2891 -T. 313. Sailko/CC BY-SA/Wikimedia Commons »/></span>(inv. 2891 -T. 313)</a> ou encore <a href= »/images/comp-2000-311-1-3.jpg » class= »comparaison »><span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-2000-311-1-3.jpg » alt= »Gigantomachie du grand autel de Pergame. Gryffindor/Domaine Public/Wikimedia Commons »/></span>Athéna combattant Alkyoneos sur la Gigantomachie du grand autel de Pergame</a> , au IIe siècle avant n. è. qui, toute drapée qu’elle soit, offre bien ce qui est désormais devenu un topos. L’époque romaine regorge de compositions similaires. Ainsi sur de nombreux sarcophages des IIe et IIIe siècle de n. è., Hercule et Cerbère sur l’un des petits côtés d’une cuve, aux Offices (inv. 110) P. Moreno, ; « Iconografia lisippea delle imprese di Eracle », MÉFRA. Antiquité, 96/1, 1984, p. 117‑174 ; , en partic. p. 142 fig. 29., ou encore, en façade d’un sarcophage du British Museum (inv. 1873,0820.760) S. Walker, ; Catalogue of Roman sarcophagi in the British museum, Londres, 1990. comme sur ceux du musée d’Antalya (inv. A928) et <a href= »/images/comp-2000-311-1-4.jpg » class= »comparaison »><span class= »img-comparaison »><img src= »/images/comp-2000-311-1-4.jpg » alt= »Sarcophage d’Hercule, Musée archéologique de Konya. Fabienkhan/CC BY-SA/ Wikimedia Commons »/></span>du Museum for Classical Works à Konya (Turquie), inv. 1002</a> (missing reference).
La biche de Cérynie et le taureau de Crète représentent les deux derniers candidats potentiels. La tradition iconographique ne contredit pas cette hypothèse. Par ailleurs, rien ne prouve que ce cycle herculéen n’ait été élargi à au moins une scène supplémentaire. C’est tout au moins ce que l’on peut se demander si l’on prend en compte, malgré la différence de taille et de fonction, un Hercule taillant la massue, sur une plaquette d’ivoire décorative, conservée avec une autre, montrant Hercule et le lion de Némée, de même époque que le cycle de Chiragan (The Walters Art Museum, Baltimore, inv. 71.4) A. Eppinger, ; Hercules in der Spätantike : die Rolle des Heros im Spannungsfeld von Heidentum und Christentum (Philippika), Wiesbaden, 2015.. Le positionnement du corps du héros, tourné vers sa droite, pied droit oblique pivotant vers la gauche et pied droit de profil, posé sur un rocher parfaitement aligné avec la bordure inférieure. Base formant terrasse (ou, si l’on préfère, assise) et encadrement mouluré prenant la forme de trois bandeaux plats sur ces deux scènes herculéennes provenant d’Egypte, rappellent de manière troublante les grands reliefs de Chiragan.
Pascal Capus
Bibliographie
Pour citer cette notice
Capus P., "Pied et mollet du cycle d’Hercule", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_2000_311_1>.