Partie 2 Galerie des portraits
Portrait de Tranquillina (?)








- Date de création
- Vers 241 - 244
- Matériau
- Marbre de Göktepe 3 (Turquie)
- Dimensions
- H. 50 x l. 34 x P. 21,5 (cm)
- Numéro d’inventaire
- Ra 166
- Crédits photographiques
- Daniel Martin
Ce portrait, dont la tête est légèrement tournée vers la droite, montre une jeune femme aux traits encore adolescents : ovale régulier du visage, joues pleines, nez long et fin, yeux en amande aux lourdes paupières et bouche discrètement animée dont la lèvre inférieure, plus charnue, avance légèrement.
La coiffure constitue le principal critère d’identification. Les cheveux sont séparés par une raie médiane et disposés en ondulations régulières encadrant le front. À l’arrière, la chevelure était complétée par une pièce rapportée aujourd’hui disparue, formant une longue natte plate fixée au sommet du crâne selon le type dit Scheitelzopffrisur. Apparue au début des années 240, cette coiffure devint rapidement le modèle de référence du portrait féminin durant toute la seconde moitié du IIIe siècle.
La forme du nez, le dessin des lèvres, le modelé des paupières et l’agencement très particulier de cette coiffure permettent de rattacher sans hésitation le buste de Chiragan au prototype officiel de Tranquillina, connu par plusieurs répliques conservées à Rome, Londres, Copenhague, Florence, Dresde ou Liverpool. L’iconographie fut très probablement créée à l’occasion du mariage impérial célébré en 241, lorsque Tranquillina reçut le titre d’Augusta. Malgré la brièveté de son règne, interrompu par la mort de Gordien III en 244, cette image connut une diffusion remarquable dans l’ensemble de l’Empire. Les émissions monétaires contemporaines exaltent constamment la Concordia Augustorum, faisant du jeune couple impérial le symbole de la stabilité retrouvée après les crises politiques des années 230. Les portraits sculptés participaient pleinement de cette propagande dynastique et furent largement diffusés dans les provinces, où ils prenaient place dans les sanctuaires du culte impérial, les édifices publics ou les résidences des représentants du pouvoir.
L’exemplaire de Chiragan se distingue par la qualité de son exécution. Le contraste entre les plis délicatement incisés de la stola et les volumes plus puissants de la palla, travaillés au trépan, révèle une maîtrise technique caractéristique des meilleurs ateliers romains. Le modelé particulièrement subtil des paupières, de la bouche et des tresses, malgré les altérations de surface et la disparition du complément capillaire, place cette œuvre parmi les meilleures répliques actuellement conservées du type officiel. Sculpté dans un marbre de Göktepe, le buste provient très vraisemblablement d’un atelier romain (stadtrömisch).
La possibilité d’une retaille à partir d’un buste plus ancien a été envisagée en raison de la forme relativement archaïsante du support et de la présence d’une pièce rapportée dans la nuque. L’analyse détaillée de l’œuvre conduit toutefois à rejeter cette hypothèse. On remarquera, par exemple, que les proportions de la tête et du buste sont parfaitement cohérentes. Quant au complément capillaire rapporté dépend d’une pratique qui n’a rien d’étonnant au IIIe siècle, comme en témoignent notamment le portrait probable de Julia Mamaea du Louvre (Ma 3552) mais aussi, à Chiragan, la tête d’Etruscilla (?) (inv. Ra 74), associée au demi-buste
(Halbkörperbüste). On pensera également à la cargaison de marbres de l’épave « Porticcio A », au large d’Ajaccio, qui a conservé à la fois un buste féminin et la « nappe de cheveux » rapportée, signe que ce complément était prévu dès l’origine ; comme à Chiragan, ce dernier s’appliquait sur un buste monolithe.
D’après E. Rosso 2024, Sculptures antiques de Chiragan (Martres-Tolosane). I. Les portraits romains I.4 Des Sévères à la Tétrarchie, Toulouse. Musée Saint-Raymond, Musée d’archéologie de Toulouse, 2024, p. 81-96.
Bibliographie
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- Balty, Cazes, Rosso 2024 J.-C. Balty, D. Cazes, E. Rosso, Les portraits romains , 4 : Des Sévères à la Tétrarchie (Sculptures antiques de Chiragan (Martres-Tolosane), Toulouse. p.81-96
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- Espérandieu 1908 É. Espérandieu, Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine, 2. Aquitaine, Paris. p. 90-91, no 1001
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- Rosso 2006 E. Rosso, L’image de l’empereur en Gaule romaine : portraits et inscriptions (Archéologie et histoire de l’art), Paris. p. 482-484, no 234
- Veyne 2005 P. Veyne, L’Empire gréco-romain (Des travaux), Paris. fig. 38
- Wegner, Unger 1979–1980 M. Wegner, R. Unger, « Verzeichnis der Kaiserbildnisse von Antoninus Pius bis Commodus », Boreas. Münstersche Beiträge zur Archäologie, 2–3, p. 87‑181. p. 56
Pour citer cette notice
Capus P., "Portrait de Tranquillina (?)", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_ra_166>.