Partie 2 Galerie des portraits
Portrait d’Etruscilla (?)








- Date de création
- Milieu du IIIe siècle
- Matériau
- Marbre de Göktepe 4 (Turquie)
- Dimensions
- H. 64,5 x l. 64 x P. 29 (cm)
- Numéro d’inventaire
- Ra 74
- Crédits photographiques
- Daniel Martin
Longtemps identifié à l’impératrice Herennia Etruscilla, épouse de Trajan Dèce, ce portrait constitue l’une des effigies féminines les plus importantes de la première moitié du IIIe siècle conservées en Gaule. Cependant, il s’agirait désormais de distinguer la tête du buste, dont le rapprochement, admis depuis le XIXe siècle, ne peut plus être tenu pour assuré. L’analyse matérielle conduit à remettre en question cette association traditionnelle. Les plans de cassure ne correspondent pas exactement, le diamètre du cou diffère légèrement entre les deux éléments et les restaurations anciennes avaient nécessité un apport de plâtre afin d’assurer leur jonction. Certaines retouches modernes semblent avoir été réalisées pour masquer ces discordances.
L’examen des cassures révèle que le nez avait déjà été réparé durant l’Antiquité, comme l’atteste une mortaise de fixation encore visible. Malgré ces nombreuses interventions, la qualité de l’exécution demeure exceptionnelle. Les chairs sont modelées avec une grande subtilité, notamment autour des yeux où les légers cernes accentuent une expression mélancolique. Les cheveux, les sourcils et les paupières sont essentiellement travaillés au ciseau, tandis que le trépan n’intervient qu’avec retenue pour souligner les narines, les oreilles, les pupilles ou la caroncule lacrymale. Sur le menton, une légère dépression correspond à une trace de mise aux points, révélant le report mécanique des mesures à partir d’un modèle préalable.
La tête représente une femme d’âge mûr au visage plein, notamment caractérisé par un double menton affirmé. La coiffure constitue l’élément essentiel de la datation. Les cheveux, séparés par une raie médiane, sont ramenés vers l’arrière en deux bandeaux faiblement ondulés qui découvrent entièrement les oreilles avant d’être réunis dans une large tresse relevée sur le sommet du crâne. Cette variante tardive de la Helmfrisur (coiffure qui enveloppe le crâne à la manière d’un casque) caractéristique des décennies centrales du IIIe siècle, permet de situer l’exécution du portrait vers le milieu du siècle.
L’identification de la personne représentée a suscité de nombreux débats. Les propositions anciennes reconnaissant Plautille ou Salonine apparaissent désormais incompatibles avec les caractéristiques stylistiques et iconographiques de l’œuvre. En revanche, plusieurs éléments rapprochent le portrait des effigies monétaires d’Herennia Etruscilla : le front bombé, les paupières épaisses, les yeux cernés, le menton rond, ainsi que l’association d’une large tresse postérieure à des bandeaux aux ondulations naturelles. Ces correspondances sont renforcées par la comparaison avec plusieurs portraits sculptés conservés à Rome, même si aucune véritable réplique n’est aujourd’hui connue. L’absence d’une série cohérente de copies impose néanmoins une certaine prudence, les portraits impériaux du IIIe siècle présentant une variabilité importante selon les ateliers. Le contexte archéologique de Chiragan conforte toutefois cette proposition. La galerie de portraits de la villa comprend déjà plusieurs représentants des dynasties régnantes du IIIe siècle, notamment un portrait de Tranquillina ainsi que d’autres effigies contemporaines. L’utilisation probable du marbre de Göktepe, matériau privilégié de la statuaire officielle de cette période, ainsi que les techniques de reproduction employées suggèrent une commande de très haut niveau, compatible avec la diffusion d’un portrait impérial dans une grande résidence aristocratique. Si l’identification est retenue, l’œuvre doit être datée entre l’élévation d’Herennia Etruscilla au rang d’Augusta, à l’automne 249, et la mort de Trajan Dèce en juin 251.
Indépendamment de la tête, le buste, enveloppé d’un lourd manteau dont les plis structurent puissamment la composition, constitue à lui seul une œuvre exceptionnelle. Par ses dimensions et par sa découpe jusqu’à la taille, il appartient au très rare groupe des Halbkörperbüsten (« bustes à mi-corps »), forme monumentale apparue au cours du second quart du IIIe siècle. Cette formule iconographique, attestée sur un nombre extrêmement restreint d’exemplaires, marque l’aboutissement de l’évolution du buste romain en renforçant la présence corporelle du personnage tout en conservant le caractère monumental du portrait officiel.
L’inclinaison de la tête, la retenue des gestes et la richesse du drapé traduisent les vertus traditionnellement associées aux matrones romaines : dignité, modestie et gravitas. Qu’il s’agisse ou non d’Herennia Etruscilla, cette œuvre demeure l’un des témoignages majeurs de la sculpture officielle des années240-250. Elle illustre le renouvellement profond du portrait féminin sous les derniers Sévères et les premiers empereurs soldats.
D’après E. Rosso 2024, Sculptures antiques de Chiragan (Martres-Tolosane). I. Les portraits romains I.4 Des Sévères à la Tétrarchie, Toulouse. Musée Saint-Raymond, Musée d’archéologie de Toulouse, 2024, p. 109-134.
Bibliographie
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Pour citer cette notice
Capus P., "Portrait d’Etruscilla (?)", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_ra_74>.