Partie 2 Galerie des portraits
Portrait de Philippe le Jeune








- Données biographiques
- 237 - 249
Co-empereur de 247 à 249. Fils de Philippe l’Arabe et d’Otacilia Severa - Date de création
- Entre 247 et 249
- Matériau
- Marbre de Göktepe 3 (Turquie)
- Dimensions
- H. 24,5 x l. 17 x P. 19 (cm)
- Numéro d’inventaire
- Ra 73 h
- Crédits photographiques
- Daniel Martin
Le portrait se caractérise par un traitement volontairement classique : visage plein, front lisse, yeux en amande et chevelure courte inspirée de modèles plus anciens, en particulier julio-claudiens et sévériens. Cette esthétique, qui contraste avec le réalisme souvent plus marqué des portraits du milieu du IIIᵉ siècle, répond à une stratégie de propagande dynastique visant à présenter les jeunes héritiers comme les continuateurs des grandes dynasties impériales.
Longtemps débattue, l’identification de la tête a évolué au gré des découvertes. D’abord reconnue par Du Mège comme un portrait de Philippe le Jeune, elle fut ensuite attribuée à Gordien III, Salonin ou Sévère Alexandre avant que les travaux de Frédéric Braemer et de Marianne Bergmann ne confirment son identification grâce à la comparaison avec les portraits monétaires et à l’analyse stylistique. Le portrait de Chiragan est aujourd’hui considéré comme l’un des exemplaires les plus sûrs du type iconographique de Philippe le Jeune, même si le corpus de ses effigies demeure limité et fait encore l’objet de discussions.
Malgré un règne relativement long de Philippe l’Arabe et l’élévation précoce de son fils au rang de Caesar, puis d’Augustus, les portraits de Philippe le Jeune sont peu nombreux. La tête de Chiragan, identifiée seulement au milieu du XXe siècle, appartient à un corpus restreint. Cette rareté ne concerne d’ailleurs pas uniquement le jeune prince, mais également les portraits de son père. Elle traduit vraisemblablement un phénomène plus général de diminution de la production statuaire impériale après l’époque sévérienne, au-delà de la seule brièveté des règnes.
Les portraits de Philippe le Jeune étaient vraisemblablement conçus pour prendre place au sein de groupes statuaires dynastiques, comme l’attestent les monnaies, les médaillons, les gemmes et plusieurs bases de statues. À Chiragan, où d’autres portraits de jeunes princes impériaux ont été découverts, l’effigie du jeune César devait probablement appartenir à un tel ensemble. La qualité de son exécution, son origine vraisemblablement romaine et l’utilisation du marbre de Göktepe, matériau privilégié des commandes officielles, conduisent à considérer la tête de Chiragan comme l’un des principaux témoins de l’iconographie de Philippe le Jeune. Elle figure sans doute parmi les portraits les plus précoces du prince, réalisés peu après son élévation au rang de Caesar, alors qu’il n’était âgé que d’environ sept ans. Le corpus des portraits assurés doit être limité à un petit nombre d’œuvres : parmi celles-ci, notre exemplaire et celui de Foligno (Museo Archeologico della città) apparaissent comme les plus ancien.
Les difficultés d’identification tiennent en grande partie à la forte ressemblance des portraits de Philippe le Jeune avec ceux de Sévère Alexandre. Cette proximité relève d’une véritable politique d’Angleichung : Philippe l’Arabe, soucieux de fonder une nouvelle dynastie après la disparition de Gordien III, fait volontairement rapprocher l’image de son fils de celle des jeunes princes sévériens afin d’inscrire son pouvoir dans la continuité de cette dynastie. Ce phénomène s’accompagne d’une évolution stylistique caractéristique du milieu du IIIe siècle : les volumes du visage deviennent plus simples et plus géométriques, tandis que les mèches de la chevelure, héritées du traitement a penna, perdent progressivement leur relief pour n’être plus suggérées que par des incisions au ciseau.
Malgré cette simplification formelle, les meilleurs ateliers romains conservent une très grande qualité d’exécution, comme en témoignent, notamment, le portrait du musée Saint-Raymond. L’intensification de la production officielle lors de l’élévation de Philippe le Jeune au rang d’Augustus et à l’occasion des Jeux Séculaires de 248 explique sans doute la diffusion de ce type iconographique. Toutefois, les caractéristiques stylistiques du portrait de Chiragan laissent penser qu’il représente encore Philippe le Jeune en tant que Caesar, avant son accession au titre d’Augustus.
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Pour citer cette notice
Capus P., "Portrait de Philippe le Jeune", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_ra_73_h>.