Partie 2 Galerie des portraits
Portrait d’homme








- Date de création
- Vers 225 - 250
- Matériau
- Marbre de Göktepe 3 (Turquie)
- Dimensions
- H. 34,5 x l. 18,5 x P. 23 (cm)
- Numéro d’inventaire
- Ra 73 i
- Crédits photographiques
- Daniel Martin
Cette tête masculine a été fortement remaniée durant l’Antiquité même. Les seules parties ayant conservé leur finesse d’origine sont le traitement des favoris et surtout de la barbe, dont le modelé souple contraste avec les profondes reprises affectant la chevelure. L’aspect inhabituel de cette dernière, traitée par larges plans anguleux sur les tempes, les côtés du crâne et le sommet de la tête, révèle clairement la réutilisation d’un portrait antérieur. Cette reprise est confirmée par le faible soin apporté au piquetage des cheveux raccourcis, par les disproportions du volume postérieur du crâne, par le recreusement du front accentuant fortement les arcades sourcilières, ainsi que par le rapport inhabituel entre la largeur de la tête et le diamètre du cou. L’inclinaison marquée de la tête par rapport au cou constitue également un indice de cette transformation.
Malgré ces modifications, le premier état du portrait demeure identifiable grâce au traitement de la barbe, dont les courtes mèches présentent une grande proximité stylistique avec certains portraits de Gallien. Cette comparaison conduit à dater l’effigie primitive des environs de 260. L’ancienne identification du portrait avec Volusien n’était donc pas entièrement dépourvue de fondement, puisqu’elle reconnaissait déjà une œuvre appartenant au milieu du IIIe siècle.
Le second état du portrait est plus difficile à dater. Toutefois, plusieurs caractéristiques stylistiques aident à le situer chronologiquement. Les larges arcades sourcilières, qui dégagent une vaste surface oculaire, le modelé accentué du front et des paupières, ainsi que le traitement de la barbe et de la moustache, rapprochent cette œuvre d’un ensemble de portraits réalisés entre la fin du règne de Gallien et les débuts de la Tétrarchie. Parmi ces comparaisons, le portrait figurant sur le célèbre sarcophage dit « de Plotin » (Vatican, Museo Gregoriano Profano, inv. 9504) constitue le parallèle le plus convaincant. Les deux œuvres partagent une même coiffure, un front fortement ridé, des arcades sourcilières très développées, un modelé anguleux des lèvres, une moustache finement incisée et une barbe encore abondante. On peut donc retenir une datation autour de 280 pour cette seconde phase du portrait.
La forte inclinaison de la tête vers la droite participe également de cette évolution stylistique. Plus largement, cette œuvre illustre les transformations du portrait officiel de la seconde moitié du IIIe siècle. Les traits deviennent plus expressifs : les rides du front se creusent profondément, les yeux s’écarquillent sous d’épaisses arcades sourcilières, les paupières prennent davantage de volume, tandis que l’iris, la pupille et la glande lacrymale sont gravés avec une insistance nouvelle. L’ensemble traduit une évolution vers un langage plastique plus dramatique et plus expressif, caractéristique de la fin du siècle.
Dans son deuxième état, la tête a pu être montée sur un buste, les portraits destinés à être insérés dans une statue demeurant assez rares, pour ne pas dire exceptionnels, à Chiragan. La découpe du sabot d’encastrement et la forme de la collerette, plus évasée vers l’épaule droite, semblent indiquer que c’était un buste cuirassé, drapé d’un manteau militaire (paludamentum) sur l’épaule gauche ; c’est bien ainsi, d’ailleurs, que se présentent la plupart des bustes d’empereurs au IIIe</sup siècle.\ Cette observation conduit naturellement à s’interroger sur l’identité du personnage. Une origine impériale ne peut être exclue, la pratique de la retaille ne résultant pas nécessairement d’une damnatio memoriae, mais pouvant aussi répondre au recyclage de portraits demeurés inutilisés dans les ateliers. Toutefois, l’iconographie des empereurs des années 270-285 est trop mal connue pour permettre une identification assurée. Les rapprochements proposés avec Claude II, Aurélien ou d’autres souverains de cette période ne sont pas convaincants.
Qu’il s’agisse finalement d’un empereur ou d’un haut dignitaire impérial, cette tête constitue un témoignage précieux de la permanence des commandes officielles destinées à la villa de Chiragan vers 280. Elle montre que les ateliers de Rome continuaient alors à alimenter les grands domaines aristocratiques en portraits de prestige. Malgré un certain appauvrissement de la production artistique, aucune rupture véritable n’apparaît avant l’époque tétrarchique, et cette effigie illustre pleinement la continuité du portrait officiel romain à la veille des profondes transformations de la fin du IIIe</sup siècle.
D’après J.-C. Balty, Sculptures antiques de Chiragan (Martres-Tolosane) I. Les portraits romains I.4 Des Sévères à la Tétrarchie, Toulouse, Musée Saint-Raymond, 2024, p. 151-163.
Bibliographie
- Attanasio, Bruno, Prochaska 2021 D. Attanasio, M. Bruno, W. Prochaska, Göktepe Marbles. White, Black and Two-Tone, L’Erma di Bretschneider, Roma, Bristol.
- Balty, Cazes, Rosso 2024 J.-C. Balty, D. Cazes, E. Rosso, Les portraits romains , 4 : Des Sévères à la Tétrarchie (Sculptures antiques de Chiragan (Martres-Tolosane), Toulouse. p. 151-163
- Cazes et al. 1999 D. Cazes, E. Ugaglia, V. Geneviève, L. Mouysset, J.-C. Arramond, Q. Cazes, Le Musée Saint-Raymond : musée des Antiques de Toulouse, Toulouse-Paris. p. 140
- Du Mège 1835 A. Du Mège, Description du musée des Antiques de Toulouse, Toulouse. no 224
- Du Mège 1828 A. Du Mège, Notice des monumens antiques et des objets de sculpture moderne conservés dans le musée de Toulouse, Toulouse. no 139
- Espérandieu 1908 É. Espérandieu, Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine, 2. Aquitaine, Paris. no 994
- Joulin 1901 L. Joulin, Les établissements gallo-romains de la plaine de Martres-Tolosane (Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des inscriptions et belles-lettres), Paris. no 309
- Massendari 2006 J. Massendari, La Haute-Garonne : hormis le Comminges et Toulouse 31/1 (Carte archéologique de la Gaule), Paris. p. 247, fig 111
- Rachou 1912 H. Rachou, Catalogue des collections de sculpture et d’épigraphie du musée de Toulouse, Toulouse. no 73
- Roschach 1892 E. Roschach, Catalogue des musées archéologiques de la ville de Toulouse : Musée des Augustins, Musée Saint-Raymond, Toulouse. no 73 i
Pour citer cette notice
Capus P., "Portrait d’homme", dans Les sculptures de la villa romaine de Chiragan, Toulouse, 2019, en ligne <https://villachiragan-apercu.studi-o.dev/ark:/87276/a_ra_73_i>.